Histoire et définitions du sport

Comme toutes activités, l’histoire a influencé les activités sportives telles que nous les connaissons, permettant de la même manière une évolution de la définition du sport. Jacques Defrance, sociologue du sport, précise que les sports compétitifs modernes (tel que l’athlétisme, le football et le tennis par exemple) proviennent en majeure partie de l’Angleterre, mais aussi de la France, de l’Inde et d’autres pays, subissant des transformations au cours de leur pratique. La caractéristique de ces sports anglophones réside dans des règles de jeux qui diminuent le temps d’affrontement, interdisent les violences lors de compétitions et précisent également la durée et la technique du jeu. De plus, la normalisation des critères de qualification ainsi que des critères de catégorisation rendent les compétitions plus égalitaires. C’est donc cette universalisation des règles sportives qui fait du sport moderne une pratique culturelle très originale. Ces techniques de jeu ne partagent donc en rien la brutalité et la violence tolérée dans les sports de l’Antiquité grecque (Defrance, 2011).

La normalisation et les règles instaurées dans les pratiques sportives ont évidemment eu une influence sur la définition du sport. Ainsi, si en 1875 Pierre Larousse définit le sport comme « une nombreuse série d’amusements, d’exercices et de simples plaisirs » (cité par Defrance, 2011, p. 99), les définitions du 20ème siècle ajoutent les termes d’activité physique, de performance, de règles et de compétitions. Lorsque les sociologues remarquent une différence de définition et de pratique selon le sexe et la classe sociale, ils conviennent qu’il n’existe pas une seule définition du sport, mais bien plusieurs en fonction de la personne interviewée (Defrance, 2011). L’office fédéral du sport (Lamprecht, Fischer & Stamm, 2014, p. 9) explique que différents facteurs sont pris en compte pour définir l’activité sportive, telle que « la qualité et l’intensité de l’activité, ses motivations, les objectifs poursuivis et les normes qui la régissent, mais aussi le lieu et l’environnement. » Nous pouvons donc retenir que la définition actuelle du sport est non seulement large est variée, mais qu’elle dépend surtout de plusieurs facteurs la rendant ainsi plus complexe.

Lors d’études sur les activités sportives, la communauté internationale de recherche et l’office fédéral du sport laissent aux « personnes interrogées le soin de définir ce qu’il faut entendre par sport. » (Lamprecht, Fischer & Stamm, 2014, p. 9) J’estime que cette définition subjective est la plus adéquate en ce qui concerne les analyses des activités sportives et particulièrement celles de loisir. Je décide donc d’utiliser cette définition imprécise, complexe et plurielle dans le cadre de ce travail de recherche.

Les vertus et défauts sociaux du sport

Il existe une multitude de bénéfices et certains risques liés à la pratique d’une activité sportive. Comme il n’est pas possible de les couvrir tous dans ce travail, nous allons nous restreindre aux arguments en lien avec le côté social du sport. Depuis plusieurs années, de plus en plus de personnes ont recours au sport pour permettre par exemple l’intégration et la réinsertion d’individus dans des projets d’intervention sociale. Ce qui favorise l’expansion de ce phénomène, c’est non seulement la réussite de nombreux projets à but sportif et relationnel, mais aussi la conception du sport souvent considéré comme intrinsèquement bon. En effet, les exemples ne manquent pas : animations sportives dans les quartiers de Strasbourg pour lutter contre les effets de diverses discriminations, tournois de foot dans les rues permettant la rencontre interculturelle (Gasparini et Cometti, 2010), sport de combat chez les jeunes pour notamment apprendre le respect de soi et des autres ou encore sport entre prisonniers et joueurs externes permettant ainsi le décloisonnement des détenus et le réapprentissage social ; la liste est longue. Ainsi, depuis la fin des années quatre-vingt, le sport est perçu comme un moyen permettant de lutter contre la crise du lien social.

William Gasparini, docteur en sociologie et responsable d’une équipe de recherche en science sociale du sport, a écrit passablement d’articles concernant les questions d’intégration par le sport. Il explique ainsi que les politiques publiques tendent à croire que les valeurs sportives, comme l’apprentissage de l’effort et le respect des règles, sont transférables dans d’autres situations (scolaires ou professionnelles par exemple). Cependant, Gasparini (2013, p. 245) tient à rappeler que le sport n’est pas intrinsèquement bon : « il n’est pas vertueux, éducatif ou intégrateur en soi ; il porte les valeurs qu’on lui attribue » et peut donc autant favoriser l’intégration que l’exclusion. Par exemple, une des volontés politiques est d’intégrer tout d’abord les garçons par le sport, perçus comme plus turbulents et nécessiteux d’un tel programme. Si des activités sportives sont dès lors mises en place pour les garçons, il n’en est pas de même pour les filles qui se voient exclues de ce programme d’intégration.

Toutefois, Gasparini précise que les bémols engendrés par l’activité sportive ne doivent pas en cacher les vertus. Selon lui, ces dernières dépendent des objectifs de l’activité sportive ainsi que du dialogue social que l’on instaure au travers de ces activités. Il conclut en précisant que « C’est en favorisant la mixité sociale et sexuelle dans les structures sportives ainsi qu’en développant les projets éducatifs transversaux […] que les vertus socialisantes de la pratique sportive trouveraient tout leur sens et leur efficacité. » (Gasparini, 2013, p. 258). Cependant, tout le monde ne partage pas cet avis, puisque certaines personnes critiquent justement cette mixité sociale et sexuelle qui renforcerait davantage les stéréotypes sexués et favoriserait l’exclusion. Les questions de genre, de stéréotypes et de mixité doivent se poser lors de l’organisation d’activités sportives, mais ne seront cependant pas plus développées dans ce travail de recherche.

Le sport dans un club et hors d’un club

Gasparini remarque que lorsque nous parlons de valeurs transmises au travers d’une activité sportive nous faisons plutôt référence à des sports institutionnels, tel que le volley-ball, le football, le karaté et une multitude d’autres sports se déroulant au sein d’un club. Ceux-ci permettraient l’apprentissage des règles démocratiques, la confrontation à ses droits et ses devoirs, ainsi que l’apprentissage du respect des autres joueurs et de l’entraîneur. A contrario, les activités sportives pratiquées dans les rues ou hors d’une institution sont, quant à elles, souvent perçues comme sous socialisées. Toutefois, et en faisant référence à ce qui précède, le respect des règles sportives n’implique pas automatiquement le respect d’autres règles sociales (Gasparini & Knobe, 2005).

Un programme d’intégration par le sport, mis sur pied en 1994 à Strasbourg, constitue un exemple d’activités sportives n’ayant pas lieu dans un club . Les fonctions de régularité, d’intensité et de dépassement de soi que l’on retrouverait lors d’entraînements dans un club ne sont pas poursuivies par ces animations sportives qui prônent la libre adhésion. Ce n’est pas pour autant que ces activités ne transmettent pas de valeurs. En effet, le respect de soi, des autres et du matériel, ainsi que la politesse et la ponctualité sont des règles de base défendues par les animateurs sportifs. Ces derniers remarquent que si les jeunes participent aux activités pour le plaisir, ils n’acquièrent pas forcément le goût de l’effort comme lors de compétitions. Cet exemple démontre donc que la transmission de valeurs est également possible au sein d’activités sportives désinstitutionnalisées (Gasparini & Knobe, 2005).

Il existe une multitude de sports qui peuvent se pratiquer dans les rues. Le skateboard, le BMX, le roller et le parkour par exemple, sont des sports qui se pratiquent seul, alors que le foot, basket ou encore hockey de rue sont des sports d’équipe. En plus d’être auto-organisé, le sport de rue pratiqué en équipe se joue selon des règles internes préalablement acceptées par les joueurs. Ainsi, les joueurs peuvent être de sexe et d’âge différents, changer d’équipe au milieu d’une patrie, en sortir momentanément sans que le jeu s’arrête pour autant, ou encore être solidaires et rivaux durant le même jeu (lorsqu’il n’y a qu’un seul but pour les deux équipes par exemple). De plus, quel que soit l’âge, le sexe ou le niveau dans ces sports de rue, les joueurs « s’accordent sur des manières de jouer qui permettent à chacun de participer, comme s’ils étaient égaux, tout en sachant qu’ils ne le sont pas. » (Bordes, 2012, p. 112). Ainsi, si ces règles ne sont pas du tout comparables à celles fixées dans des sports institutionnalisés, elles ont l’avantage de n’exclure personne. Nous pouvons cependant nous demander s’il n’existe pas tout de même des formes inconscientes ou non d’exclusion de certaines populations dans ces sports de rue, comme par exemple les filles ou les nouveaux arrivants du quartier.

Table des matières

1. Introduction
1.1. Choix de la thématique
1.2. Motivations personnelles et professionnelles
1.3. Lien avec le travail social
1.4. Question de départ et objectifs
2. Cadre théorique 
2.1. Le lien social
2.1.1. Fondements du lien social
2.1.2. Les éléments des liens sociaux
2.1.3. Les différents types de liens sociaux
2.1.4. Le lien social menacé ?
2.1.5. La citoyenneté comme source du lien social
2.1.6. Renforcer le lien social
2.2. L’activité sportive
2.2.1. Histoire et définitions du sport
2.2.2. Les vertus et défauts sociaux du sport
2.2.3. Le sport dans un club et hors d’un club
2.2.4. Du sport de compétition au ludosport
2.2.5. Autres aspects sociaux du sport
2.2.6. Le sport comme promotion de la citoyenneté
2.2.7. Espaces créateurs de liens sociaux
2.3. Les adolescents et jeunes adultes
2.3.1. Adolescence synonyme de changements
2.3.2. Les relations interpersonnelles des adolescents
2.3.3. Les réseaux sociaux et l’estime de soi
2.3.4. Jeunes adultes : formation et déménagement
2.3.5. La citoyenneté dans le monde des jeunes adultes
2.4. Le rôle de l’animateur socioculturel
2.4.1. Les valeurs et les objectifs de l’animation socioculturelle
2.4.2. L’action au sein du métier
2.4.3. L’animation comme vecteur de la citoyenneté
3. Synthèse et question de recherche
4. Hypothèses
5. Méthodologie
5.1. Terrain de recherche
5.1.1. Présentation de l’échantillon
5.2. Méthode de récolte des données
5.2.1. Limites méthodologiques
5.2.2. Déroulement des entretiens
5.3. Méthode d’analyse des données
6. Présentation des résultats
6.1. Analyse de l’hypothèse 1
6.1.1. Analyse de la sous-hypothèse 1.1
6.1.2. Analyse de la sous-hypothèse 1.2
6.1.3. Analyse de la sous-hypothèse 1.3
6.1.4. Analyse de la sous-hypothèse 1.4
6.1.5. Analyse de la sous-hypothèse 1.5
6.2. Analyse de l’hypothèse 2
6.2.1. Analyse de la sous-hypothèse 2.1
6.2.2. Analyse de la sous-hypothèse 2.2
6.2.3. Analyse de la sous-hypothèse 2.3
7. Conclusion

Cours gratuitTélécharger le document complet

 

Télécharger aussi :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *