Le contexte historique de Taïwan et l’enseignement des langues étrangères sur l’île

Motivation de l’apprentissage du français et représentations de l’Autre chez les étudiants taïwanais

Pour traiter la question didactique du personnage à Taïwan, il nous paraît indispensable de présenter au préalable le terrain d’étude afin de contextualiser le sujet traité. Ainsi, le présent chapitre donne dans un premier temps un bref aperçu historique de Taïwan, à partir duquel on étudie les enjeux que soulèvent des facteurs historique, politique, économique et culturel dans l’enseignement des langues étrangères. Si l’histoire de Taïwan se marque par son statut particulier d’ordre politique, quelle serait son influence sur l’apprentissage du français des jeunes taïwanais ? Si le peu d’échanges économiques, politiques avec la France et les difficultés d’ordre linguistique entravent des jeunes taïwanais dans l’apprentissage du français, pour ceux qui choisissent cette langue comme spécialité du diplôme universitaire, qu’est-ce qui les encourage dans ce choix ? Dans ce contexte, qu’est-ce qui caractérise l’apprentissage du français par rapport à celui des autres langues étrangères ? Est-ce que le motif se lie au contexte historique de Taïwan et par conséquent à la construction identitaire des jeunes ? Ainsi, dans une perspective socioculturelle, comment élaborons nous un enseignement-apprentissage qui intègre la construction identitaire des apprenants à partir de leurs représentations de l’Autre?

Le contexte historique de Taïwan et l’enseignement des langues étrangères sur l’île

Un aperçu de l’histoire de Taïwan

A l’époque préhistorique, il existe déjà des traces d’activités humaines découvertes par des archéologues, mais c’est à partir de 1624 que l’on a des documents officiels pour dater l’histoire de Taïwan234 . 234 En 1624, la dynastie Ming de la Chine autorise officiellement l’installation de la colonisation hollandaise sur « l’île sauvage de Taïwan », expression pour désigner la contrée non atteinte par la civilisation chinoise. (Lee, Hsiao-Feng, Histoire de Taïwan, [traducteur, Hsia Hou Yan], Paris : L’Harmattan, 2004, p. 16) Motivation de l’apprentissage du français et représentations de l’Autre chez les étudiants taïwanais 114 Se situant entre le continent eurasien, l’Asie du Sud-Est et le Japon, Taïwan joue depuis des siècles le rôle de point de passage entre ces zones géographiques. Couvrant un territoire restreint d’environ 36,000 km2 , l’île est néanmoins prise par différents pouvoirs successifs pour des raisons économiques et politiques. En 1624, lorsque les Hollandais arrivent sur cette île, afin de profiter de l’avantage géographique, ils y commencent un processus de colonisation. Ensuite, en fin de dynastie des Ming de la Chine, les Chinois vainquent les Hollandais et administrent Taïwan pendant une vingtaine d’années235, et c’est durant cette période que les Chinois du Sud-Est de la Chine immigrent de plus en plus à Taïwan, et se marient avec les aborigènes – les Formosans236 . Par la suite, en 1683 la dynastie des Qing de la Chine met fin au pouvoir de la dynastie des Ming, et prend à son tour le contrôle de cette île. A la suite d’une défaite contre le Japon, la Chine cède néanmoins Taïwan au Japon en 1895. Au bout de 50 ans de colonisation, à cause de son statut de vaincu à la fin de la seconde guerre mondiale, le Japon remet Taïwan au gouvernement de la République de Chine dont le pouvoir revient au Parti nationaliste – le Kuomintang (KMT). En 1949, une guerre civile entre le Parti communiste et le Parti nationaliste est déclenchée. Du fait que le Parti nationaliste a perdu cette guerre, il s’est ainsi réfugié à Taïwan. Dès lors, cette île est administrée par le Parti nationaliste sous le nom de la République de Chine (ROC/Taïwan) tandis que de l’autre côté, la Chine continentale est gouvernée par le Parti communiste qui établit un régime communiste et se nomme « la République populaire de Chine » (la Chine aujourd’hui). A Taïwan, l’abolition de la loi martiale237 en 1987 contribue à l’installation du régime démocratique qui se développe et se fait remarquer par sa première élection présidentielle. Puis en 2000, ses habitants achèvent l’alternative de deux partis sur le gouvernement de Taïwan à travers leur vote de l’élection. C’est ainsi qu’un parti indépendantiste – le Parti démocrate progressiste (DPP) – prend le pouvoir à son tour, et met fin à un régime de parti unique du Parti nationaliste qui a gouverné l’île pendant 50 ans. Dès lors, Taïwan est alternativement administré par ces deux partis qui gagnent tour à tour l’élection présidentielle. Leur concurrence met effectivement en jeu le débat politique autour de la question de l’indépendance de Taïwan. 

Les facteurs politiques, économiques et culturels mis en jeu dans l’enseignement des langues étrangères sur l’île

 Dans le domaine de la didactique des langues étrangères, il faut souligner qu’après la défaite de la guerre civile, le parti nationaliste signe avec les États-Unis en 1954 des traités militaires selon lesquels ces derniers lui garantissent le pouvoir et lui accordent l’appui militaire, diplomatique et financer. Bien qu’en 1971 le gouvernement de Taïwan soit sorti de l’Organisation des Nations unies à la suite de l’entrée du gouvernement de Pékin comme seul représentant de la Chine au sein de l’ONU, l’île reste « toujours officieusement protégée par les États-Unis » 238. Ce rapport étroit se manifeste non seulement par la quantité importante des hauts fonctionnaires taïwanais diplômés aux États-Unis, mais aussi par de nombreux échanges commerciaux contribuant à l’essor économique de Taïwan dans les années 1980 et 1990 Lorsque l’enseignement des langues étrangères visait à former des élites linguistiques pour répondre aux besoins de la société, il n’est pas étonnant que le premier Département de Littérature Étrangère soit créé en 1947 pour y enseigner l’anglais en vue de faciliter les échanges économiques et politiques avec les États-Unis. Notamment pendant la période où les importations du Japon vers Taïwan « se marquent par un excédent », ce dernier cherche à « compenser le déficit par ses exportations vers les États-Unis » 239. Les talents taïwanais en anglais et en commerce international sont ainsi très demandés, et la compétence en anglais devient évidemment un atout dans la recherche des emplois. De nos jours, l’enseignement de l’anglais est intégré, en tant que cours obligatoire, dans les programmes du primaire, du secondaire et de l’université. En dehors du système de l’éducation nationale, il existe également des écoles privées qui pullulent dans les rues des grandes villes, et qui ont pour mission d’aider les élèves à préparer les tests de l’anglais tels que TOEFL240, TOEIC241, IELTS242. Mis à part l’omniprésence de l’anglais dans les institutions éducatives, les médias sont aussi nombreux pour contribuer à son apprentissage, à savoir une grande variété d’émissions en anglais diffusées par la télévision, sur radio et sur Internet. De surcroît, les films destinés aux adultes sont toujours projetés dans les salles de cinéma en version originale sous-titrés chinois. Les films anglophones (ceux des États-Unis et de l’Angleterre) comptent environ 40% dans l’ensemble des films projetés à Taïwan

La présentation de la méthodologie de l’enquête sur le terrain

Pour mieux comprendre les motifs et les attentes des élèves à l’égard de l’apprentissage de la littérature française, de 2014 à 2016 nous avons effectué des enquêtes de terrain sous forme de questionnaire individuel et anonyme destiné aux étudiants taïwanais en quatrième année du Département de Français à l’Université de Tamkang. Si le public visé est constitué d’étudiants de la quatrième année, c’est que les textes littéraires y sont abordés en classe à partir de la troisième année, au bout d’un an d’apprentissage, ils sont ainsi jugés plus conscients de leur attitude vis-à-vis de cette matière. Quant au motif de l’apprentissage du français en général, ils ont également des objectifs plus clairs en fin de cursus universitaire par rapport aux étudiants des autres niveaux. Au sujet du déroulement de l’enquête, nous avons dans un premier temps soumis le questionnaire au public choisi au début du premier semestre 2014-2015 (en septembre) sur deux groupes d’étudiants, et par la suite le même questionnaire au début du second semestre 2015-2016 (en février) sur un groupe d’étudiants. Ils sont tous inscrits au cours obligatoire intitulé « Histoire Littéraire » qui se déroule juste après la passation du questionnaire. Chaque groupe se compose d’une quarantaine d’élèves. Les professeurs qui ont pris en charge les cours nous ont laissé 20 minutes (5 minutes de présentation du questionnaire, et 15 minutes aux élèves pour y répondre) pour que les étudiants puissent remplir le questionnaire de façon anonyme. Le questionnaire rempli est récupéré à la fin des cours. Je me suis chargée d’expliquer en utilisant la langue chinoise le questionnaire écrite en français pour assurer sa meilleure compréhension chez les étudiants. Afin d’induire plus de liberté dans les réponses données par les étudiants, j’ai en plus précisé qu’il ne s’agissait pas d’un examen et qu’ils pouvaient, sous couvert de l’anonymat, répondre librement et que l’on n’évaluerait pas selon les critères de vrai ou faux. Le questionnaire sert de moyen pour obtenir des informations permettant d’adapter notre projet d’enseignement à leur intérêt et attente envers l’apprentissage de la littérature française. En ce qui concerne la structure du questionnaire, elle se compose de trois parties de questions, y compris les questions dichotomiques (oui ou non), à choix multiple, semi-fermées et ouvertes (Voir le tome 2 « sondage-questionnaire » pour la version complète du questionnaire) : – les questions 1, 2 apportent des informations générales sur l’identité des personnes interrogées (la date de naissance, le sexe, le niveau du français) et sur leur motivation de l’apprentissage.

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