Pratique interprétative en muséologie

Pratique interprétative en muséologie

La mise en place d’un projet scénographique, une administration rigoureuse

Le marché : Scénographie, financement, réalisation et construction de l’exposition. Le marché : La scénographie. Tout d’abord, « un marché public est soumis à des principes fixés par la législation : liberté d’accès à la commande publique, égalité de traitement des candidats, transparence. Un organisme public doit se conformer à différentes procédures déterminées en fonction de la valeur estimée de la commande et de la nature du marché (travaux, fourniture ou services) » 10 . Dans le cas présent, le Département de la Haute-Savoie a lancé un appel d’offre pour ouvrir la recherche à un candidat avec pour mission la conception et la réalisation de la scénographie et du graphisme de l’exposition « Clermont 1416 », ainsi que la conception graphique et l’impression du journal d’exposition. Nous pouvons d’ores et déjà souligner qu’une exposition est le résultat d’un long processus de réflexion qui répond à une motivation particulière, celle de la commissaire d’exposition et d’un comité scientifique. L’exposition a des objectifs de diffusion et de communication à faire découvrir et comprendre par le public. En cela, elle forme un tout, dans lequel le contenu et la forme constituent un ensemble cohérent, nourri d’échanges entre muséographie et scénographie. Il existe une variété quasi infinie d’expositions par le type, la nature, l’enjeu, le sujet, le public, l’importance, la taille et le budget. Elle peut être une présentation et une mise en valeur d’œuvres, de collections ou de thématiques. C’est en cela qu’il est intéressant d’ouvrir un marché scénographique afin d’évaluer les différentes mises en scènes pouvant être mises en place. Pour rappel, « le scénographe est à la fois concepteur, directeur artistique du projet scénographique et chef d’orchestre de l’équipe de conception » . Dans le cadre d’une  exposition réalisée avec le Conseil départemental de la Haute-Savoien le contact était privilégié entre la commissaire d’exposition, Catherine Salardon et la Direction des Affaires Culturelles. Le scénographe conçoit les ambiances et les univers d’exposition, il cadence via un rythme particulier les parcours de visite. Après les propositions de l’équipe du commissariat d’exposition, et du comité scientifique, le scénographe propose une mise en scène de l’exposition au moyen d’une singularité des clefs de lectures. Ainsi, afin d’atteindre les objectifs fixés par les études de conception, les rôles de tous les intervenants doivent être bien précisés et un dialogue constant entre les acteurs du processus est nécessaire. C’est pourquoi une exposition doit être réalisée dans le dialogue. Le tout est d’arriver à un processus de production cohérent qui permette d’aboutir à un résultat final intégrant toutes les contraintes de forme, de fond et budgétaire. (cf. ANNEXE 3). L’ensemble de l’organisation liée à l’exposition s’est faite dans un planning très strict. Ainsi, les démarches internes au Conseil Départemental ont débuté courant décembre 2015. Le marché scénographique s’est déroulé en plusieurs étapes qui ont débuté par la publication du marché, faite le 11 janvier 2016. A partir de cette date, les candidats scénographes disposaient d’un mois pour demander le cahier des charges et faire une proposition de projet. Nous pouvons citer de façon chronologique : la mise en place du mobilier d’exposition, la préparation du marché, la rédaction du C.C.T.P12, puis la consultation avec les différents candidats, l’ouverture et l’analyse des offres et enfin la signature de l’analyse en février 2016. Il s’agissait ensuite préciser les réunions avec les scénographes pour permettre, dès le mois de mars, la conception de la scénographie. Cette approche a été possible en abordant parallèlement les questions de sécurité de l’espace et des matériaux. Les mois de mars et d’avril ont été destinés à la fabrication des supports et au montage de la dite exposition. L’exposition a ouvert ses portes au public le 1er mai 2016. (cf. ANNEXE 4) Dans un esprit d’équité, le marché scénographique reposait sur différents points. Chaque candidat était évalué sur plusieurs modalités. Nous pouvons d’ailleurs souligner que l’appel à projet s’est fait sous la forme d’un concours, afin d’offrir le plus d’équité entre les candidats. L’évaluation a été faite en deux analyses distinctes : 12 C.C.T.P : Cahier des Clauses Techniques Particulières 18 Premièrement, une analyse administrative, qui fixe une date butoir pour la réception des candidatures : Le vendredi 5 février 2016 avant 12h. Deuxièmement, une analyse technique décomposée en plusieurs parties. La valeur technique, en tant que telle, est de 60 % décomposée en différentes parts. Elle entend dans ce pourcentage une notation sur 30% qui demande un « exposé clair de la proposition scénographique et graphique », ainsi qu’une « présentation des moyens utilisés, une compréhension du propos scientifique et pédagogique, une qualité esthétique de la proposition, ainsi qu’une adéquation de la proposition à la nature du projet et aux caractéristiques du C.C.T.P13 . » La notation finale du candidat est aussi divisée en une notation sur 20% qui vise à évaluer les capacités professionnelles et techniques du candidat. La notation de 10% démontre la pertinence du planning proposé avec les contraintes du cahier des charges. Enfin, le prix proposé par les candidats scénographes est évalué sur une notation sur 40%. Ce tarif est « jugé à partir du montant forfaitaire (hors options) indiqué dans le cahier des charges administratif auquel sera additionné le montant des options, éventuellement retenues par le département lors de l’analyse14 ». La note finale est donnée sur 100. Le candidat se rapprochant le plus de ces modalités a été retenu. Par ailleurs, nous pouvons aussi rappeler que l’évaluation des candidats se fait aussi sur la viabilité de leurs agences. C’est pourquoi les candidats nous ont fait aussi parvenir un book présentant les réalisations faites pour différentes entreprises ces dernières années. Le marché : Le financement : Le budget de l’exposition était fixé pour la scénographie à 27 000 euros. Les demandes de reproductions, soit les frais d’images, ont augmenté ce budget d’environ 3000 euros. Ainsi, la demande financière finale était approximativement de 30 000 euros pour l’ensemble de l’exposition. Selon la législation patrimoniale, la transparence financière était de vigueur lors du marché scénographique. Nous avons reçu, en tout, la proposition de quatre prestataires (sur 36 ayant demandé le dossier de consultation initialement). Ces prestataires venus de France et de l’étranger ont fait 13 Extrait du « Marché public de prestations intellectuelles, n° 16s0005, exposition temporaire 2016 au château de Clermont, analyse des offres » 14 Extrait du « Marché public de prestations intellectuelles, n° 16s0005, exposition temporaire 2016 au château de Clermont, analyse des offres » 19 parvenir leur offre et ont respecté la date limite de réception des offres fixée au vendredi 5 février 2016 avant 12h. Le scénographe retenu pour cette exposition a été Phileas Design15 .

Le marché et les règlementations soumises aux juridictions 

Les conditions administratives fixées par le C.C.T.P et l’analyse des offres terminées, le château de Clermont dépend de différentes juridictions. Vous trouverez, en annexe, le document de présentation16 « du site et des bâtiments du château de Clermont », les « Conditions de sécurité des espaces d’exposition temporaires » (cf. ANNEXE 5). Ce document présente en détail les caractéristiques architecturales, patrimoniales et les contraintes liées à l’humidité et à l’appartenance aux monuments historiques. En effet, « le château a été classé monument historique en 1950 (façades, toitures, cour intérieure, galeries, porte de l’escalier d’honneur) et ses décors intérieurs ont été partiellement inscrits au titre des monuments historiques en 1988 ». La mise en place d’une exposition temporaire dans un espace monument historique demande une réalisation très protocolaire. Le premier étage du château est occupé par une exposition permanente présentant la vie quotidienne à la Renaissance, et les espaces du second étage accueillent chaque année une exposition permanente à thématique patrimoniale produite par la direction des Affaires Culturelles. Plus précisément, « le château est classé en type L (salle de réunion / salle polyvalente) et Y (musées) 4ème catégorie avec activité de type PA (Etablissement de plein air en 3ème catégorie) durant la période estivale17 » (saison culturelle, spectacle). Le château est un quadrilatère composé d’un corps de logis, de deux tours et de trois séries de galeries à arcades enserrant la cour centrale. Cet ensemble s’élève sur deux étages. Le corps  de logis et les tours sont surélevés d’un niveau de combles. En son ensemble, le château offre une surface de 300 m² d’expositions temporaires et 300 m² d’exposition permanente. Ainsi, le lieu d’exposition comporte un certain nombre de contraintes. D’après les différentes réglementations que vous pouvez consulter en annexes, nous pouvons relever que l’appartenance du château de Clermont aux monuments historiques ainsi que l’inscription de la frise peinte du second étage à l’inventaire supplémentaire des monuments hstoriques ne permettent pas aux scénographes de percer, peindre ou transformer les espaces. Les problèmes d’humidité demandent une durabilité des supports. Il est entendu que la présentation d’œuvres d’art est fortement déconseillée pour des problématiques de conservation. C’est pourquoi, l’exposition « Clermont 1416 : L’affaire du château disparu » ne dispose en termes d’iconographie que de reproductions. En outre, selon les exigences du CCTP, il est obligatoire pour les scénographes d’utiliser des matériaux de type M1 (Réglementation sur le classement au feu et la réaction au feu)18. Il n’est pas possible d’utiliser des matériaux inflammables. Enfin, nous pouvons rappeler que les cimaises ou autres éléments de scénographies ne doivent en aucun cas obstruer les passages et sorties de secours. La construction de l’exposition dépend donc de ces facteurs. Les scénographes et la commissaire d’exposition ont comme but de mettre en place un espace scénographique régi par un ensemble de contraintes.

L’organisation scénographique

D’un point de vue scénographique, « Clermont 1416 : L’affaire du château disparu » est proposé sous la forme d’une enquête policière. Le visiteur doit être conscient de cette dimension dès son entrée dans la zone d’exposition. La mise en scène mais aussi les décors et l’organisation doivent rappeler cette dimension de l’investigation. L’espace scénographique se développe sur deux des quatre salles au deuxième étage du château Renaissance. Ils disposent donc d’un espace large permettant de mettre en relief l’aspect de l’enquête policière et de faire comprendre quelle était l’importance politique, 18 « Arrêté du 21 novembre 2002 relatif à la réaction au feu des produits de construction et d’aménagement, NOR: INTE0200644A », Version consolidée au 19 août 2016. https://www.legifrance.gouv.fr 21 économique, stratégique de ce château fort disparu mais aussi quelles étaient sa structure et ses fonctions. La salle 1 se divise en deux espaces bien distincts. Le premier espace correspond à une insertion dans le contexte historique. Nous sommes dans cet espace dans une zone introductive, face à la chronologie de faits historiques. Le visiteur appréhende ce que nous savons sur le château médiéval de Clermont. Nous présentons les acquis, les faits. Le visiteur devenu enquêteur trouve dans cet espace les premières réponses aux énigmes. Le second espace est plus ludique. Il s’ouvre sur les trois cabinets de travail des chercheurs, celui de l’historien, de l’archéologue et celui du cartographe-topographe. Le visiteur se confronte dans cet espace à des supports interactifs à déplacer, à superposer pour comprendre quels sont les éléments communs et différents à chacune des méthodologies de recherche envisagées par ces trois corps de métiers. Les trois métiers sont matérialisés par trois bureaux cloisonnés, rendus indépendants par les supports scénographiques et iconographiques. L’objectif fixé est que le visiteur puisse, par ce procédé interactif, se rendre compte de l’importance de la complémentarité des sources dans cette enquête. Nous présentons dans cet espace les recherches réalisées depuis les années 1930 jusqu’à aujourd’hui. Les supports scénographiques sont matérialisés à l’aide de panneaux, par différents supports en dur pour les iconographies ainsi que par des transcriptions numériques (trois ordinateurs et une tablette). La deuxième salle présente la reconstitution de ce site médiéval. Les parements sont couverts de panneaux explicatifs offrant là encore des réponses aux énigmes du carnet d’enquêteur. L’espace central est occupé par un puzzle géant permettant, à partir des pièces mobiles, indépendantes du support, de reconstituer les fonctions de ce château médiéval, l’idée étant qu’à partir de cette interactivité, le spectateur puisse se représenter quelle était la structure du château et à quel type d’activités chaque zone correspondait. Nous étudierons ces éléments dans le troisième chapitre de ce présent mémoire. La troisième salle est un espace de médiation où le scénographe n’est pas intervenu. Cet espace comprend des jeux et des supports d’activité pour les enfants, des matériaux de lectures proposés aux visiteurs portant sur l’histoire et les recherches réalisées sur le site médiéval, mais aussi l’emplacement du livre d’or. 

Table des matières

REMERCIEMENTS
INTRODUCTION
Une approche personnelle
Le château fort de Clermont une histoire castrale particulière
La question de l’interprétation en muséologie
PROLOGUE
Présentation de l’exposition
Le 600ème anniversaire du duché de Savoie
« Clermont 14 », l’importance de recherches méticuleuses
Des objectifs bien définis
L’enquête sur le château disparu
La visite du site médiéval
Le journal d’exposition
Une exposition pour tous
CHAPITRE I La mise en place d’un projet scénographique, une administration rigoureuse
a) Le marché Scénographie, financement, réalisation et construction de l’exposition
Le marché La scénographie
Le marché Le financement
Le marché et les règlementations soumises aux juridictions
L’organisation scénographique
b) Les demandes de reproductions
La structure hypothétique du site castral
L’apport des enluminures
L’apport des autres iconographies
Les demandes de reproduction une mission formatrice
Les demandes de reproduction, une démarche particulière .
CHAPITRE II .Une recherche pluridisciplinaire pour une démocratisation culturelle
a) Interdisciplinarité pour une approche plurielle du site médiéval de Clermont
Les spécialistes retenus et leurs recherches
L’archéologue
L’historien
L’archéologie moderne et contemporaine
Le Topographe et le Cartographe
b) Empirisme muséal et interprétation des sources.
Salle 1 la frise Chronologique
Salle 1 Les bureaux des spécialistes
Le bureau de l’historien
Le bureau de l’archéologue Louis Blondel
Le bureau du topographe et du cartographe
Salle 2 la zone de reconstitution
CHAPITRE III De la scénographie à la médiation culturelle
a) Une scénographie ludique et scientifique
Répartition des supports interactifs ludiques et scientifiques
Salle 1 Partie 1, dite de la « Chronologie des faits »
Salle 1 Partie 2, dite de l’Interprétation des sources
Salle 2, dite de la reconstitution
La salle 3 Salle de médiation
La salle 4 Salle de projection
b) Une médiation culturelle qui s’adresse à tous
Une organisation interne relative au calendrier patrimonial
Médiation et visite de l’exposition temporaire
Mes apports en médiation au cours du stage
L’atelier petit-archéologue
L’atelier céramologie et dessin
Les médiations suite à mon stage à Clermont pendant l’été
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
SITOGRAPHIE

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