Une formalisation de la détection des actes de langage indirects

Une formalisation de la détection des actes de langage indirects

Introduction

 Les dialogues coopératifs homme-machine orientés tâche, qu’ils soient en langage naturel ou artificiel, sont un des défis les plus importants des sciences informatiques. Les participants à de tels dialogues ont un but commun principal, qui est d’accomplir la tâche en question. Chaque participant a quelques informations permettant l’accomplissement de quelques sous-buts, mais aucun d’eux ne peut accomplir le but principal tout seul. Des travaux ont été entrepris sur la notion d’agent, et parmi ceux-ci, certains se sont basés sur une théorie de l’Intentionnalité (Searle, 1983; Searle, 1985; Bratman, 1987). Dans une telle théorie, un agent rationnel est représenté par son état mental, qui est l’ensemble des informations rendant compte de ses différentes attitudes mentales (i.e. croyance, but, intention, …) 1 . Une telle représentation s’inscrit au sein de théories formelles à deux volets : l’équilibre rationnel et l’interaction rationnelle (Cohen et Levesque, 1990a; Cohen et Levesque, 1990b; Sadek, 1992), de façon à structurer les états mentaux et rendre les agents autonomes. Le premier volet de ces théories décrit les propriétés de chaque attitude mentale, ainsi que les différentes interactions qu’il peut y avoir entre chacune de ces attitudes ; la seconde caractérise, en termes d’attitudes mentales et d’actions, les interactions entre les agents et leur environnement. Dans des travaux antérieurs (Longin, 1999; Herzig et Longin, 2000a, 2000b, 2000c), nous avons développé notre propre théorie formelle, et avons analysé l’évolution des croyances d’un agent au cours d’un dialogue. Les énoncés sont associés à des actes de langage, et nous nous sommes restreints jusqu’à présent aux effets directs (i.e. non ramifiés) des actes de langage. Nous nous proposons dans ce qui suit d’étendre des travaux antérieurs sur la notion d’acte de langage indirect (Herzig et al., 2000; Faure, 2000). Notre but est premièrement d’adapter cette notion aux théories formelles de l’Intentionnalité (que nous appelons parfois à ce titre « théories intentionnelles »), et deuxièmement de la prendre en compte dans le processus d’évolution des croyances de nos agents rationnels 2 .

Les actes de langage

 Origines philosophiques. Dans la lignée d’Austin et de Searle, nous pensons que toute production d’un énoncé réalise l’accomplissement d’un (ou plusieurs) acte(s) de langage. Un acte de langage est traditionnellement composé d’une force illocutoire s’appliquant sur un contenu propositionnel. Par exemple, l’acte réalisé lors de l’énonciation de « Jean travaille-t-il beaucoup ? » a pour contenu propositionnel Jean travaille beaucoup et pour force illocutoire une question fermée (i.e. dont la réponse attendue est oui ou non). Searle (Searle, 1969) différencie le sens de l’énoncé (qui correspond à ce que signifie littéralement cet énoncé) du sens du locuteur (qui correspond au sens que le locuteur souhaite donner à son énoncé). Par exemple, l’énoncé « Passe-moi le sel » constitue une façon directe de demander le sel, car le sens de l’énoncé correspond au sens du locuteur. En revanche, dans « Peux-tu me passer le sel? », le sens de l’énoncé et celui du locuteur ne coïncident pas forcément : alors que le premier constitue littéralement une question fermée, le second peut correspondre à une requête (identique à l’énoncé direct ci-dessus) ; on dit alors que la requête a été accomplie de façon indirecte, ou encore que l’énoncé accompli constitue un acte indirect. D’après Searle, il n’existe pas d’acte indirect sans acte direct (ou littéral). Donc, même en cas d’indirection, l’acte direct est toujours accompli (potentiellement de façon défectueuse, ou avec insuccès). Ceci s’explique simplement par définition même de l’acte indirect : « acte indirect » signifie « acte accompli (indirectement) par le biais d’un autre acte de langage ». Si ce dernier n’est pas accompli, le premier ne peut donc pas l’être. En ce sens, par exemple, Searle réfute l’ironie en tant qu’acte indirect (bien que cela soit un acte non littéral), puisque le sens de l’acte d’ironie remplace le sens de l’acte littéral (Searle, 1979). L’acte accompli au sens du locuteur est appelé acte principal. Il désigne l’acte que le locuteur souhaitait accomplir, que ce soit de façon directe ou indirecte. Par exemple, dans « Peux-tu me passer le sel ? », l’acte principal correspond habituellement à l’acte indirect (i.e. l’acte selon lequel le locuteur demande à son 2.1 Les actes de langage 9 interlocuteur que celui-ci lui passe le sel). Nous soulignons qu’on peut (toujours) imaginer un contexte où l’acte principal serait l’acte littéral. Dans cet exemple, ce serait le cas si le locuteur accomplit cet énoncé dans le but d’interroger son interlocuteur sur sa capacité physique à accomplir une certaine action : la réponse attendue serait alors oui ou non. Searle et Vanderveken ont défini les conditions de succès et de satisfaction des actes de langage (Searle et Vanderveken, 1985; Vanderveken, 1991a, 1991b). En reprenant les notations de ces deux derniers ouvrages, nous présentons celles qui nous serons utiles pour la suite (entre parenthèses nous donnons la valeur de chacune de ces conditions relativement à l’acte réalisé par l’énoncé « Passe-moi le sel ») : – la condition sur le contenu propositionnel décrit des restrictions sur le contenu propositionnel de l’acte (l’auditeur réalise l’action passer le sel dans un futur proche) ; – la condition préparatoire représente les propositions que le locuteur doit supposer vraies pour faire son énoncé (le locuteur croit que l’auditeur peut lui passer le sel) ; – la condition de sincérité représente les états mentaux exprimés par le locuteur par rapport au contenu propositionnel de l’acte (le locuteur veut que l’auditeur lui passe le sel). 

Table des matières

Résumé
1 Introduction
2 Cadre linguistique
2.1 Les actes de langage
2.2 Cas d’indirections
2.3 Critères d’indirections
3 Cadre logique
3.1 Langage
3.2 Effets ramifiés et critères d’indirection
3.3 Lois sur les effets ramifiés
4 Conclusion
Références

 

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