Comportement sexuel du bélier Île-de-France

Comportement sexuel du bélier Île-de-France

Dans la réussite d’un programme de reproduction le comportement des partenaires (mâle et femelle) s’avère fondamentale. Car, pour que la reproduction puisse être obtenue, il faut que la réalisation des conduites sexuelles soit efficace. Chez le mâle, les mécanismes physiologiques, surtout la sécrétion et taux de testostérone, influent largement sur son comportement sexuel. Toutefois, les nombreuses études dont ces mécanismes ont fait l’objet ont montré que les variations individuelles du niveau d’activité copulatoire ne sont pas uniquement d’origine physiologique. Des études éthologiques sont nécessaires pour mieux comprendre cette variabilité (Orgeur, 1982). Depuis quelques décennies des études ont été réalisés pour comprendre le comportement sexuel des animaux d’élevage. Chez le bélier une des premières études comportant la description de ce comportement date de 1964 (Banks, 1964). Banks (1964) a fait une description détaillé des interactions mâle-femelle culminant avec l’éjaculation. Pepelko et Clegg (1965) ont ensuite fait une étude plus centrée sur la quantification des actes sexuels : nombre moyen d’éjaculation par bélier (variant de 2,9 à 8,4), nombre de monte par éjaculation (de 1,3 à 3,2), latences à la première monte (de 0,25 à 0,74 minutes) et durée de la période réfractaire et les relations entre ces paramètres : corrélations positives entre le nombre total d’éjaculation et la latence à la première monte et aussi avec la première période réfractaire (0,16 et 0,45, respectivement). Ces résultats montrent la grande variabilité du comportement sexuel chez les béliers. D’autres études ont identifié des facteurs influençant l’expression du comportement sexuel. Par exemple Land (1970) a comparé le comportement des béliers de deux races (Finnish Landrace et Blackface) à deux périodes de l’année (été et automne) dans un test de 10 minutes. Ils ont montré que les béliers Finnish Landrace étaient plus actifs au début des tests et que la quantité de montes des deux races était beaucoup plus grande pendant l’automne que pendant l’été. Bernon et Shrestha (1984) observent la séquence des actes sexuels de 3 races de béliers pendant des tests de 10 minutes. Ils utilisent les résultats pour sélectionner les béliers et ils concluent que le nombre de tentatives de monte est le meilleur critère de sélection. Il existe donc une grande variabilité des méthodes d’évaluation du comportement sexuel qui peut être affecté par de nombreux facteurs. Mais la  majorité des études sur le comportement sexuel du bélier ont eu pour but d’analyser l’expression de son comportement vis-à-vis des femelles, en cherchant à identifier surtout sa performance sexuelle suite à l’exposition à une ou plusieurs brebis en chaleur pour un temps déterminé (Perkins et al., 1992b, a; Kridli and Said, 1999; Kridli et al., 2008). Dans la plupart de ces études il n’a pas une différentiation claire entre libido et performance, et même une évaluation de la libido à partir des événements compris dans la deuxième phase du comportement sexuel, c’est à dire la phase consommatoire, sans tenir compte de la phase motivationnelle. Dans le cadre des études de la préférence sexuelle chez les béliers, les observations de Zenchak et al. (1981) qui montraient que les béliers qui ne s’accouplaient pas avec les femelles, étaient en fait des béliers qui avaient une préférence pour un partenaire sexuel du même sexe, ont amené, plus tard, Price et al. (1989) à développer un test de préférence sexuelle et proposer des critères pour identifier un bélier attiré par mâles ou « homosexuel ». Ces critères qui sont jusqu’à aujourd’hui utilisés comme explique Roselli et Stormshak, (2009) sont basés uniquement sur la phase consommatoire et qui ne considère pas les éléments de la phase motivationnelle. De plus, à notre connaissance, il n’existe pas des travaux qui portent sur l’expression de l’attirance vers un autre mâle chez le bélier Île-deFrance. Chez les béliers Île-de-France l’unique étude qui a décrit de façon précise les séquences du comportement sexuel chez des béliers adultes de cette race est celle de Rouger (1974). Néanmoins, ce travail ne s’est pas intéressé à la mesure de l’expression de la libido versus la performance ou à la préférence pour un partenaire sexuel de même sexe. Donc le but de ce travail était d’étudier l’expression du comportement sexuel des béliers adultes en s’intéressant à la variabilité individuelle des niveaux de libido, et de performance et à la préférence sexuelle pour un partenaire mâle ou femelle. 

Animaux

 Nous avons utilisé 38 béliers de la race Île de France, âgés de 3 à 7 ans, tous expérimentés. Les animaux stimuli étaient 16 femelles, ovariectomisées, âgées de 1,5 ans, de race Île de France et 8 mâles adultes croisés Romanov x Île de France, âgés de 5 ans. Tous ces animaux appartenaient au troupeau de l’INRA de Tours. 

Les pré-tests

Dans le but d’assurer la fiabilité de la mesure des variables comportementales, d’identifier la meilleure durée pour le déroulement des tests et aussi le nombre de répétition nécessaire par tests, plusieurs essais de 30 minutes ont été réalisé avant le démarrage des tests proprement dits. La mesure de la fiabilité de la prise de données a été faite à travers des sessions pendant lesquelles le comportement des béliers était noté simultanément par deux observateurs. Les deux relevés étaient ensuite comparés. Un taux de plus de 95% de concordance étant trouvé, les tests ont démarré. Pour le choix de la durée des tests, l’analyse de l’activité des béliers a permis de montrer que l’activité décroit avec le temps et qu’une durée de 10 minutes était suffisante pour évaluer les différences d’activité entre les mâles, car c’est dans les premiers 10 minutes que le bélier exprime le plus de comportement (Figure 18). Cette durée permet d’identifier les béliers actifs et inactifs. Les béliers qui dans le 10 minutes se sont montré très actifs ont continué à être très actifs et ceux qui n’étaient pas actifs ne le sont pas devenus en 30 minutes. Les observations faites dans les pré-tests de choix ont pu montrer que le temps de 3 minutes était suffisant pour la détermination d’une préférence. Pour minimiser l’effet de préférences d’un bélier pour une brebis dans le test avec les femelles (Rouger, 1974; Bernon and Shrestha, 1984 ; Salmon et al., 1984) ou pour un bélier dans le test avec les mâles, nous avons choisi de mettre deux brebis ou deux béliers stimuli à la fois. Pour minimiser les effets possibles d’une variation de comportement dû à des facteurs comme le jour (Simitzis et al., 2006) et l’heure du jour (Rouger, 1974) la moitié des tests ont été fait le matin et l’autre l’après-midi et à au moins une semaine d’intervalle. Dans le test de choix la position des femelles et des mâles a été changée à chaque test pour éviter un biais lié à une préférence pour un côté de la salle.

Les tests comportementaux 

Tous les béliers ont été exposés aux tests de comportement sexuel vis-à-vis de femelles, de mâles et à des tests de choix, en octobre et novembre, c’est-à-dire pendant la saison sexuelle. Pour chaque test, chaque bélier a été exposé, à quatre reprises (sessions) à deux femelles en œstrus (test avec femelles), ou à deux mâles (test avec mâles) ou au choix entre la proximité de deux mâles ou celle de deux femelles (test de choix). Les femelles et 69 mâles stimuli étaient changés à chaque session qui durait 10 minutes pour les tests avec femelles ou avec mâles et 3 minutes pour le test de choix. Dans les tests avec les femelles et avec les mâles, les animaux pouvaient avoir un contact direct les uns avec les autres, tandis que dans le test de choix le contact était limité par des barrières, empêchant les montes et éjaculations. Tous les comportements étaient notés ainsi que leurs latences. Tous les tests ont été réalisés dans une salle de 35 m2, dans les installations de l’INRA de Tours (Figure 19). Toutes les procédures expérimentales ont été réalisées en accord avec les directives de la Communauté Européenne (86/609/ECC) et du Ministère de l’Agriculture (autorisation n° 006259). 

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