Gouvernance des pêcheries artisanales et des aires marines protégées

Gouvernance des pêcheries artisanales et des aires marines protégées

Présentation de la Commune de Kayar

La commune de Kayar fait partie du département de Thiès et constitue l’un des principaux lieux de pêche artisanale au Sénégal. La région de Thiès est à cheval entre la grande côte et la petite côte. La région de Thiès se trouve à l’ouest du pays et couvre une superficie de 6 601 km2 soit 3,4 pour cent du territoire national. Thiès est limitée au nord par la région de Louga au sud par la région de Fatick, à l’ouest par la région de Dakar et l’océan atlantique et à l’Est par les régions de Diourbel et Fatick. L’influence des courants marins s’exercent dans la région qui présente un climat de type soudano-sahelien dans le sud, sud-est et le nord, nord-est notamment avec la présence des alizés maritimes et de l’harmattan. La zone ouest présente un climat sub-canarien et les précipitations moyennes annuelles sont comprises entre 300 mm et 500 mm (ANSD, 2011 : 18). La région assure depuis 2006 : plus de 65 pour cent des mises à terre du pays, plus de la moitié de la valeur commerciale du pays estimée à 58,3 pour cent, représente 46,4 pour cent de la consommation locale, 73,4 pour cent du mareyage et 69,3 pour cent de produits de la transformation artisanale. La région abrite, entre Joal et Fass boy, plus d’une dizaine de sites de pêche. (ANSD, 2010 : 29).

Cadre spécifique

Kayar se situe dans la partie sud de la grande côte du Sénégal, à 58 km au nord-est de Dakar et à 40 km au nord-ouest de la ville de Thiès. La façade maritime qu’elle occupe s’étend sur plus de 3 km (Niang A. L., 2000 ; ADM, 2003). La commune couvre une superficie de 1604 ha et ses coordonnées géographiques sont 14º54 latitude nord, 17º 07 longitude ouest. Elle est limitée au nord-est par l’océan atlantique, au sud par le village de Kalidou Ba, le village de Diamaguène et les limites sud des Dunes de Nioulwy. Erigée en commune en 2002, Kayar a été le plus gros village de la communauté rurale de Djender, arrondissement de Keur Moussa du département de Thiès (CLPA/CAYAR, 2013). Kayar se situe au cœur de la zone des Niayes où les cultures maraichères sont le plus développées sur l’entendue du territoire national. La zone des Niayes se situe à l’ouest, le long du littoral nord et est sous l’influence de l’océan Atlantique, les températures y sont 139 fraîches et les amplitudes thermiques faibles.243 Sur une largeur variant entre 5 et 30 km, la zone des Niayes s’étend du sud de la région de Saint-Louis à la presqu’île du Cap-Vert sur 180 km de long.

Situation géographique de l’aire marine protégée

L’aire marine protégée de Kayar couvre une superficie de 171 km2 . Elle fait partie des cinq aires marines protégées créées en 2004 par le décret 2004-1408 du 4 novembre 2004.  République du Sénégal, 2014. Étude stratégique de la mobilisation des ressources potentielles de financement de la gestion durable des terres au Sénégal, rapport final, p. 29. 140 Carte 4: situation géographique de Kayar et de son aire marine protégée 141 L’aire marine protégée est une zone de pêche qu’exploitent les pêcheurs artisanaux. Elle est confondue à la zone des 6 milles et se situe dans la fosse marine de Kayar (CLPA/Cayar, 2013). 4.3.2. Caractéristiques socio-économiques La région de Thiès occupe une place importante dans l’économie nationale notamment en ce qu’elle constitue aujourd’hui la deuxième région économique après Dakar, mais également grâce son apport à travers différents secteurs, notamment la pêche, dans le développement de l’économie nationale. La pêche constitue l’une des activités les plus importantes au niveau régional et notamment à Kayar qui suit Mbour en termes d’armements et de débarquements au niveau régional. Figure 3: répartition des pirogues locales et étrangères selon les zones de débarquement Source : ANSD, SES/Thiès, 2010 Sur les trois sites de pêche représentés, Mbour accueille le plus grand nombre de pirogues avec 69 pour cent, suivi de Kayar et Mboro avec respectivement 20 pour cent et 11 pour cent des effectifs des pirogues (ANSD, 2010).  Tableau 1: répartition des mises à terre en kg selon le secteur et l’espèce capturée Source : ANSD, SRPM, Thiès, (2010) Les débarquements de poissons et de mollusques confèrent également une place confortable à Kayar par rapport à Mboro. En revanche, Mbour occupe toujours la première place des débarquements de poissons, mollusques et crustacés. Il faut cependant noter que la majeure partie des débarquements est constituée de poissons.

Historique de la pêche à Kayar

Kayar est considéré comme le port de pêche du Cap-vert et fut créé en 1871 par les colons (CLPA/Kayar, 2013)244 . Des sources orales attribuent au Diaraf (dignitaire) Mbor Ndoye la fondation du village de Kayar en 1874. Toutefois, le lien qui existe entre Kayar et SaintLouis, notamment en ce qui concerne la pêche semble remonter à des origines assez lointaines que le témoignage de cet ancien pêcheur Saint-Louisien tente de reconstituer : Kayar est un site de pêche découvert par un Saint-Louisiens. Kayar est un village de cultivateur. Les kayarois avaient l’habitude de cultiver la terre. Les premiers pêcheurs de Kayar n’étaient pas les kayarois, c’était les lébous de Yoff et les pêcheurs saint-louisiens. […] Magui Aram donc en voulant partir à Dionwar est tombé sur un lieu de pêche plein de poissons. Le nom de ce lieu de pêche est (Kerous : très sombre). La localisation de ce lieu de pêche a été faite et donnée par Magui Aram aux pêcheurs saint-louisiens. Ces derniers se sont empressés d’y aller et cette fois-ci non pas à Rufisque mais à Kayar. Ce jour là les pêcheurs ont peiné pour trouver (Kerous). Et c’est le Peul qui avait vu magui Aram qui les a 244 CLPA/Cayar, 2013.Convention locale pour la gestion des pêcheries de Kayar, Projet USAID/COMFISH, p. 11. 143 finalement orientés pour qu’ils puissent finalement trouver (Kerous). C’est comme ça que les pêcheurs ont commencé à pêcher à Kayar. (B.S., P. S-L). L’activité de pêche s’est d’abord plus développée à Saint-Louis dans le quartier de Guetndar avant d’être promue à Kayar. Les pêcheurs guet-ndariens étaient pratiquement les seuls qui exerçaient de manière exclusive la pêche comme activité génératrice de revenus (Nguyen et Bonnardel, 1980)245 

Présentation de Lompoul

Le village de Lompoul sur mer avait appartenu à la communauté rurale de Mboro du département de Tivaouane de la région de Thiès. Dans le souci de l’État du Sénégal de rapprocher davantage l’administration des administrés, le village de Lompoul a été rattaché à la communauté rurale de Kab Gaye, arrondissement de Ndande, département de Kebemer, région de Louga. En effet, les populations de Lompoul sur mer étaient confrontées à beaucoup de difficultés lorsqu’elles voulaient satisfaire des besoins administratifs. Les populations de la localité, du fait de la distance qui les sépare des lieux où existent les offres de services publics (130 Km), adressaient généralement leurs demandes aux services administratifs du Département de Kébémer qui n’est distant que de trente kilomètres. De même, pour se rendre à Lompoul en provenance de Tivaouane, le passage dans le Département de Kébémer sur une distance de soixante quatre kilomètres est obligatoire.246 Le village de Lompoul se situe ainsi dans la région de Louga. Cette dernière se situe entre les latitudes 14°70 et 16°10 nord et les longitudes 14°27 et 16°50 ouest. La région de Louga couvre une superficie de 24847 km² ce qui la place, en termes de superficie, au troisième rang national derrière les régions de Tambacounda (59 602 km 2) et Matam (29 424 km2). La région de Louga fait frontière avec cinq autres régions et présente une façade maritime d’environ 50 kilomètres à l’ouest. La région de Louga est limitée au nord par la région de Saint-Louis, au sud par les régions d Diourbel et Kaolack, à l’Est par la   Journal officiel du Sénégal, Décret n° 2002-170 du 21 février 2002 portant rattachement de Lompoul sur mer dans le Département de Kébémer. 144 région de Matam et à l’ouest par la région de Thiès et l’océan atlantique (SRSD/ANSD, 2010) .

Table des matières

 Première Partie :  Problématique, théorie et méthode : pour une conquête de la gouvernance des ressources halieutiques au Sénégal
Chapitre 1 : construction de l’objet de la thèse
Introduction
1.1. Problématique
1.1.1. Contexte et évolution récente de la conservation des ressources marines
1.1.2. De quelle conservation devrait-il s’agir ? Une thèse « anti-écologisme »
1.1.3. Gouvernance sociale et écologique : quelle vulnérabilité à l’épreuve des défis ?
1.1.4. Vulnérabilité au changement climatique : argument dans la gouvernance des ressources halieutiques ?
1.1.5. Gouvernance des pêcheries et vulnérabilité des acteurs du secteur
1.2. Objectifs de la thèse
1.3. Pertinence de la recherche
Conclusion
Chapitre 2 : Cadre théorique
Introduction
2.1. Revue critique de littérature
2.1.1. Changements climatiques, population et ressources naturelles
2.1.2. Pour une responsabilisation dans la gouvernance
2.1.3. La recherche sur la Gestion Intégrée du littoral
2.1.4. Une complexité dans l’approche
2.2. Paradigmes de référence
2.2.1. La vulnérabilité : paradigme controversé ?
2.2.2. L’analyse stratégique
2.2.3. Le changement social
2.2.4. Le constructivisme : la théorie de l’innovation
2.3. Hypothèses de la recherche
2.4. Analyse des termes ou concepts
2.4.1. Gouvernance
2.4.2. Vulnérabilité
2.4.3. Adaptation
2.4.4. Résilience
2.4.5. Perception
2.4.6. Logique
2.4.7. Pêche artisanale
Conclusion
Chapitre 3 : approche méthodologique
Introduction
3.1. Stratégie de recherche quantitative
3.2. Stratégie de recherche qualitative
3.3. Échantillonnage
3.3.1. Choix des sites : pourquoi Kayar, Saint-Louis et Lompoul ?
3.3.2. Constitution de l’échantillon quantitatif
3.3.3. L’échantillonnage qualitatif
3.4. Les outils de recueil des données
3.4.1. Revue documentaire
3.4.2. L’observation
3.4.3. Le questionnaire
3.4.4. Les entretiens individuels
3.4.5. Les entretiens de groupe « focus group »
3.5. Les étapes de la recherche
3.5.1. L’enquête préliminaire
3.5.2. L’enquête proprement dite
3.5.3. Saisie et traitement des données
Conclusion
Deuxième partie
La pêche au Sénégal et sur la grande côte maritime
Chapitre 4 : cadre de la recherche
Introduction
4.1. Présentation du Sénégal
4.2. Présentation de Saint-Louis
4.2.1. Cadre spécifique
4.2.1.1. La situation géographique de l’Aire Marine Protégée
4.2.1.2. La Langue de Barbarie
4.2.2. Caractéristiques socio-économiques
4.2.2.1. Histoire du peuplement humain
4.2.2.2. Caractéristiques de la population
4.2.3. Les activités socio-économiques
4.3. Présentation de la Commune de Kayar
4.3.1. Cadre spécifique
4.3.1.1. Situation géographique de l’aire marine protégée
4.3.2. Caractéristiques socio-économiques
4.4. Présentation de Lompoul
4.4.1. Quelques caractéristiques de la région
4.4.2. Quelques caractéristiques démographiques
Chapitre 5 : de l’importance de la pêche artisanale dans l’économie
Introduction
5.1. Débarquements et évaluations financières de la pêche
5.2. Une diversité d’activités dans la pêche
5.3. Pêche artisanale aux allures d’une pêche semi industrielle
5.4. Pêche et sécurité alimentaire
5.5. Pêche et migration
Conclusion
Chapitre 6 : gouvernance des pêches au Sénégal
Introduction
6.1. Historique d’un intérêt marqué pour la pêche
6.2. Innovations pour le développement de la pêche artisanale
6.3. Prémices des efforts dans la réglementation
6.4. Déclic de la conservation
6.5. Une Gouvernance renforcée à partir des années 00169
6.5.1. Place de la pêche dans les Documents de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP I et II)
6.5.2. La pêche dans la Stratégie de Croissance Accélérée (SCA)
6.5.3. La pêche dans la Stratégie Nationale de Développement Économique et Social (SNDES)
6.5.4. Un intérêt pour la modernisation du secteur réitéré à travers le Plan Sénégal Émergent (PSE)
6.5.5. Des conventions en faveur de la conservation
6.6. Pêche et coopération internationale
Conclusion
Chapitre 7 : caractérisation des données de l’enquête
Introduction
7.1. Description sommaire de l’échantillon quantitatif
7.1.1. Répartition selon le sexe
7.1.2. Répartition selon l’activité
7.1.3. Répartition selon le sexe et l’activité
7.1.4. Répartition selon l’âge
7.1.5. Répartition selon le lieu d’origine
7.1.6. Scolarité des répondants
7.2. Caractéristiques des ménages
7.2.1. Le statut du chef de ménage
7.2.2. Statut matrimonial du chef de ménage
7.2.3. Activité économique principale des ménages
7.2.4. Composition des ménages
7.2.5. Nombre de personnes travaillant dans le secteur de la pêche par ménage
7.2.6. Participation des membres du ménage aux dépenses quotidiennes
7.2.7. Nature du revenu dans les ménages
7.2.8. Appréciation des ressources des ménages
Conclusion
Troisième partie : Gouvernance des ressources halieutiques à l’épreuve des perceptions et des enjeux communautaires
Chapitre 8 : pêche et vulnérabilité des acteurs
Introduction
8.1. De la satisfaction des besoins des acteurs
8.2. Des facteurs de vulnérabilité ?
8.2.1. Entre baisse des captures ou augmentation du nombre d’acteurs ?
8.2.2. L’état des recettes dans la mise en œuvre des AMP
8.3. Vulnérabilité et appréciation de la mise en œuvre d’AMP
8.4. De la vulnérabilité au respect du repos biologique
8.5. Des déterminants qui exacerbent les vulnérabilités
8.5.1. Présence controversée des chalutiers
8.5.2. Des intrants de plus en plus coûteux
8.5.3. Des difficultés liées à la commercialisation
Conclusion
Chapitre 9 : les aires marines protegées : quels impacts dans la dynamique souhaitée des pratiques de pêche ?
Introduction
9.1. Appréciation de la pêche durant les dix dernières années
9.1.1. Appréciation selon la localité
9.1.2. Appréciation selon les débarquements de poissons
9.2. Impacts des aires marines protégées sur les pratiques de pêche
9.3. Quelles mesures pour une pêche durable ?
9.3.1. Des logiques de réticence qui se démarquent des perceptions
Conclusion
Chapitre : implications des modes de gestion de la pêche sur les activités
Introduction
.1. De la limitation de l’accès aux pêcheries
.2. Des normes très souvent méconnues
.3. Appréciation du rôle de l’AMP dans la gestion des pêcheries
.4. Les Comités Locaux de Pêche Artisanale (CLPA) dans la gestion des pêcheries
.5. Les comités de gestion des aires marines protégées.
Conclusion
Chapitre : perceptions des acteurs sur l’aire marine protégée
Introduction
.1. Perceptions sur la capacité de l’AMP à contribuer à la régénération des ressources
.2. De la réglementation dans les aires marines protégées
.3. Perceptions sur le respect de la réglementation dans l’AMP
.4. Perception sur l’impact de l’AMP
.5. Perceptions sur les évolutions du secteur

 

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