La Global Reporting Initiative (GRI) objet et design de recherche

La Global Reporting Initiative (GRI) objet et design de recherche

Présentation de la GRI

Plusieurs initiatives de normalisation sont actuellement menées, visant à promouvoir et à cadrer les pratiques de reporting développement durable. Parmi ces démarches, les lignes directrices de la Global Reporting Initiative (GRI) font figure de référence. Créée en 1997, la GRI est une initiative privée et multi parties prenantes développant des standards en matière de reporting développement durable. La GRI est devenue une organisation permanente, hautement visible dans le champ de la RSE (à titre d’exemple, la conférence de lancement de la troisième version des standards de la GRI à été ouverte par Al Gore), avec un personnel administratif dédié d’une vingtaine de personne. Comme nous allons le montrer, la GRI est une référence centrale au sein de l’architecture de normes en matière de développement durable. La GRI est une initiative, officiellement fondée en 1997, visant à « rendre le reporting environnemental et social aussi routinier que le reporting financier » (site internet GRI, 2006). La GRI se définit aujourd’hui comme une « institution indépendante basée aux Pays-Bas, dont l’objectif est d’animer un processus multi parties prenantes visant à développer et à diffuser des principes directeurs communs au niveau mondial en matière de reporting développement durable. Ces principes directeurs sont d’usage volontaire et concernent tout type d’organisation cherchant à effectuer un reporting sur ses performances économique, environnementale et sociale. […] La GRI est devenue une institution indépendante en 2002, et est un centre de collaboration du programme des nations unies pour l’environnement – UNEP- et travaille en collaboration avec le Global Compact, initié par le secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan. » (site internet GRI, 2006). Afin de diffuser et de cadrer les pratiques de reporting environnemental et social, la GRI produit une série de documents et de standards, à différents niveaux (cf. schéma 4.4) : – elle définit un ensemble de principes de reporting et de cadres visant à structurer les pratiques de reporting environnemental et social. Par analogie aux principes comptables, les principes définis par la GRI fournissent aux différents utilisateurs des guides d’action pouvant servir de références normatives pour structurer une démarche de reporting. Ces principes (par exemple : exhaustivité, pertinence, comparabilité, régularité, précision, clarté, auditabilité, etc.) définissent les attendus d’une telle démarche et fournissent des étalons de sa qualité. Au-delà de ce cadre conceptuel, les documents GRI fournissent, depuis janvier 2005, des principes permettant de définir de manière systématique le périmètre de consolidation d’une organisation. On pourrait comparer ces principes à la définition de « functionnal requirements » dans le domaine de la conception de produit et dans les méthodes de systématic design (Pahl et Beitz, 1988). La Global Reporting Initiative (GRI) objet et design de recherche Chapitre 4 : L’institutionnalisation du reporting extra-financier. Le cas de la GRI. 238 – elle fournit une série d’indicateurs de performance, pouvant être comparés à un plan comptable dans le domaine de l’environnement et du social. Ces indicateurs, conçus pour être de portée générale, sont -a priori- applicables à toutes les organisations. Avec les principes de reporting présentés ci-dessus, ils sont synthétisés dans un document, les « sustainability reporting guidelines » (principes directeurs en matière de reporting développement durable), qui constituent le cœur de l’architecture de standards élaborés par la GRI. – Au-delà des sustainability reporting guidelines (SRG), la GRI produit différents types de documents : o un ensemble de protocoles techniques visant à accompagner les utilisateurs dans la manière de mesurer différents indicateurs de pilotage. Ces protocoles techniques viennent détailler des points abordés dans les SRG (par exemple concernant la détermination du péromètre de reporting), où proposent un guide méthodologique pour standardiser la mesure de différents indicateurs de performance (consommation d’eau, d’énergie, mesure des émissions de gaz à effet de serre, etc.). o un ensemble de suppléments sectoriels, proposant un ensemble d’indicateurs spécifiques à des secteurs d’activités. A ce jour, 7 suppléments sectoriels ont été élaborés dans le domaine des services financiers, de la logistique et des transports, de l’extraction minière, des agences publiques, des touropérateurs, des télécommunications et de l’automobile. o des « research reports » et autres documents de communication fournissant un état des lieux sur les pratiques de reporting dans certains domaines et secteurs (secteur public, petites et moyennes entreprises), des versions préliminaires de protocoles techniques (reporting en matière de Sida), ou des documents explicitant les liens entre la GRI et d’autres initiatives sectorielles de normalisation dans le domaine de la RSE (Global Compact, OCDE, AA1000, etc.).

La pertinence de la GRI comme objet d’étude

La GRI présente un triple intérêt en tant qu’objet d’étude. Tout d’abord, la GRI se situe au centre des initiatives de standardisation en matière de développement durable. La GRI est reconnue comme une instance de standardisation centrale, susceptible de jouer un rôle structurant sur les pratiques de reporting environnemental et social et leur diffusion. Ce constant est commun au sein des milieux académiques (Berthoin Antal et al., 2002; Capron et Quairel-Lanoizelée, 2003; Kolk, 2003; Chatterji et Levine, 2006; Etzion et Ferraro, 2006), des praticiens (ORSE, 2004; Standard&Poor’s et al., 2004; GPPi, 2006) et des acteurs publics (Bayard, Panier-Runacher et Muet, 2002). La GRI est souvent considérée comme « l’un des plus importants moteurs des pratiques de reporting depuis 1997 » (Standard&Poor’s & al., 2004 : 7). Cette dimension potentiellement structurante est liée à la position centrale de la GRI dans le paysage des normes en matière de management de la RSE et de développement durable (cf. encadré suivant). Un second intérêt de la GRI en tant qu’objet de recherche a trait à son caractère instrumenté, qui lui donne un statut potentiellement structurant de « technologie invisible » (Berry, 1983), ayant le potentiel d’influencer les pratiques des entreprises et les formes de relations entre les organisations et la société. D’un point de vue analytique, la GRI peut ainsi être analysée comme un concepteur de pratiques socialement responsables et une arène susceptible d’influencer la signification du concept de RSE et de développement durable dans le champ du management (Acquier et Gond, 2006). D’un point de vue analytique, l’existence d’un outil et de plusieurs versions présente aussi des opportunités d’investigation intéressantes : ainsi, les débats techniques autour du choix des indicateurs matérialisent-ils les débats et les jeux de pouvoir entre acteurs, de même qu’ils permettent de tracer les apprentissages effectués, les enjeux et les choix stratégiques opérés durant la période. En cela, l’analyse des standards et de leur évolution permet d’aller au-delà d’une simple analyse des discours : en confrontant les discours avec l’évolution observable des standards, elle offre au chercheur une capacité de distanciation critique et d’interaction avec les acteurs de terrain. Enfin, les propriétés de la GRI en font un objet de recherche particulièrement intéressant pour notre propos : elle permet à la fois de comprendre les enjeux associés à l’élaboration d’une architecture instrumentale et elle offre un cas d’institutionnalisation générative. Les acteurs en charge de la démarche et de son pilotage sont conscients de cette dimension générative, qu’ils soulignent lorsqu’ils exposent la nature et la philosophie de la démarche. Ainsi, Ernst Litgeringen, directeur général de la GRI depuis 2002, souligne l’impossibilité de s’appuyer sur une base d’expertise unique pour développer les pratiques et les règles en matière de reporting environnemental et social : « quelles que soient les solutions que nous adoptons collectivement pour faire face aux enjeux de développement durable, celles-ci nécessiteront inévitablement des changements dans nos valeurs, nos croyances, nos comportements de consommation, nos business models et nos stratégies d’investissement. Aucun expert n’est en mesure, actuellement, de prescrire de manière unilatérale quels seront ces changements. Toute tentative […] génèrerait inévitablement des coûts collatéraux. Nous devons plutôt découvrir collectivement les changements nécessaires, les négocier, les modifier et les renouveler. Et nous devons créer la structure institutionnelle permettant de communiquer sur ces enjeux à venir auxquels les entreprises seront inévitablement confrontées dans les décennies à venir » (Litgeringen, 2006). En outre, l’existence de trois versions des guidelines montre que la GRI se positionne à la fois comme une initiative de standardisation et comme un forum d’exploration visant à élaborer des pratiques de reporting pertinentes. Chapitre 4 : L’institutionnalisation du reporting extra-financier. Le cas de la GRI. 240 Un dernier point concerne la dimension multi parties prenantes de la GRI. Un tel modèle revendique une approche originale d’élaboration des normes, cherchant à garantir une dimension démocratique et la prise en compte de l’intérêt public par le biais d’un processus de concertation avec l’ensemble des parties concernées. Dans un contexte de mondialisation remettant en question les formes de régulation traditionnelles (Beck, 2003b), de telles démarches peuvent être présentées comme un nouvel horizon des politiques publiques, permettant de gouverner de manière plus souple, adaptative et évolutive (Reinicke, 1998; Reinicke et Deng, 2000). Cependant, les enjeux en terme de pilotage de telles démarches restent peu étudiés alors qu’ils soulèvent de nombreuses questions. Dans un contexte multi parties prenantes, quelles formes de gouvernance permettent de prévenir la capture de tels processus par des intérêts particuliers ? Comment maintenir la coopération et résoudre ou prévenir les conflits qui risquent de mettre en péril de telles initiatives ? Quel est le potentiel de régulation de telles démarches ? Sont-elles porteuses d’un renouvellement de la notion même d’intérêt général ? Est-il possible de les considérer sur le même plan qu’une forme d’intervention publique et de régulation traditionnelle ? Dans quelle mesure ces processus sont-ils garants de l’intérêt public ?

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