La lutte contre la déforestation

La lutte contre la déforestation

INTRODUCTION

La lutte contre la déforestation est devenue un enjeu mondial pour freiner le réchauffement climatique et la perte des biodiversités (Bao, 2012). Le suivi des conditions de la surface de la terre et ces changements sont essentiels pour la gestion de ce problème environnemental (Rasolohery et al., 2005). Le changement de la couverture du sol est donc, un indicateur pertinent pour mener un suivi de la dynamique de l’écosystème (Andriamalala et al., 2012). Actuellement, les forêts tropicales humides sont les zones qui préoccupent beaucoup les chercheurs, à cause d’une part, de la forte pression qu’elle subit suite à l’évolution démographique, sociale et économique. D’autre part, sa richesse en biodiversité tient un rôle très important dans l’écosystème mondial. (Achard et al, 2002) Madagascar est classé parmi les pays où les richesses et le taux d’endémicités floristiques et faunistiques sont les plus élevés. Cette biodiversité est concentrée dans les écosystèmes forestiers qui perdent sans cesse beaucoup de terrain au profit de l’activité agricole et de la gestion irrationnelle des forêts. A cet égard, la perte d’un hectare de forêt malgache a un effet grave sur la biodiversité mondiale. Les forêts humides de l’est de Madagascar sont les plus touchées par ce problème le rythme de déforestation s’avère plus rapide (Humbert, 1927, Green & Sussman, 1990). La forêt de Maromizaha, appelée également « forêt pluviale d’arbres dragons », fait partie du corridor Ankeniheny-Zahamena, appartient à la forêt humide de l’est de Madagascar. Elle constitue un couloir reliant la grande forêt de Vohidrazana au SE, la réserve spéciale d’Analamazaotra et le parc national de Mantadia au Nord. Cette situation favorise le brassage génétique entre les animaux des deux blocs forestiers et/ou la régénération des plantes (Roger, 2005). Malgré ces rôles importants que tiennent la forêt de Maromizaha, sa surface s’évolue très rapidement. Ce qui oriente et justifie le choix de notre recherche sur la dynamique spatiotemporelle de la forêt de Maromizaha et ses périphéries. Il est ainsi nécessaire de comprendre les facteurs de ce dynamisme pour mieux cerner ce problème. D’où la problématique du présent travail de recherche s’articule autour de la question suivante: Quels sont les causes qui entretiennent la dégradation de la forêt de Maromizaha? Les objectifs de la présente recherche sont définis comme suit: • Analyser l’évolution de la couverture forestière végétale dans la forêt de Maromizaha • Déterminer la dynamique de l’occupation du sol dans la forêt de Maromizaha et ses périphéries • Identifier les facteurs sociaux et économiques qui expliquent la dynamique de l’occupation du sol. Pour atteindre à ces objectifs, le présent travail va se subdiviser en deux parties : la première partie présente le cadre conceptuel de la recherche, tandis que la deuxième partie va analyser le processus de la dégradation de la forêt de Maromizaha comme un fait alarmant

La dégradation des forêts

La dégradation des forêts est un problème qui touche plusieurs dimensions environnementale, sociale ou économique et plus particulièrement dans les pays en développement. Mais elle est difficile à cerner et donc à évaluer car la dégradation des forêts est perçue différemment par les divers acteurs selon leurs propres objectifs. Ainsi, sa définition peut avoir des implications politiques qui compliquent encore plus la tâche de concevoir des approches opérationnelles communes applicables tant au niveau international que national. (FAO, 2009) La définition fonctionnelle de la dégradation des forêts, qui est la réduction de la capacité de la forêt de fournir des biens et des services, fournit un cadre commun pour toutes les définitions internationales et aussi compatible avec l’approche dite « service rendu par l’écosystème ». Les définitions à l’échelle internationale les plus complètes ont été développées par l’OIBT1 et la CDB2 abordant les changements de la structure des forêts et leur dynamique. Selon l’OIBT (2002, 2005), « la dégradation des forêts se réfère à la réduction de la capacité d’une forêt de produire des biens et des services et la capacité comprend le maintien de la structure et des fonctions d’écosystèmes ». Pour le CDB (2001, 2005) « la dégradation des forêts est la conjugaison de la perte de fertilité des sols, l’absence forestière, la manque de fonction naturelle, la compaction du sol, la salinisation qui empêche ou retarde la régénération de la forêt non assistée par une succession secondaire ». 1 Organisation Internationale des Bois Tropicaux pour la restauration, l’aménagement et la réhabilitation des forêts tropicales dégradées et secondaires 2 Une convention sur la diversité biologique 4 La définition développée par le GIEC3 en 2003 dans le contexte du changement climatique est centrée sur les changements causés par les activités humaines dans le cycle du carbone sur le long terme mais elle n’a pas été encore mise en œuvre et n’a pas de statut formel. La déforestation La déforestation est la conversion des surfaces forestières à d’autres usages non forestiers telles que les terres arables ou un usage urbain. Selon la FAO en 2009, la déforestation est la conversion de la forêt à une autre utilisation des terres ou la réduction à long terme de la couverture forestière dont la canopée est en dessous de 10 %. La déforestation peut être les résultats de l’élimination délibérée du couvert forestier pour l’agriculture ou le développement urbain, ou elle peut être une conséquence involontaire de pâturage incontrôlé (qui peut empêcher la régénération naturelle des jeunes arbres). L’effet combiné de pâturage et les incendies peuvent être une cause majeure de la déforestation dans les zones sèches. A Madagascar, c’est le « tavy » qui détermine cette conversion de la forêt en terres agricoles. Le « tavy » Le système agraire de la zone de la falaise Est de Madagascar est prédominé par le tavy ou la culture pluviale, surtout le riz, après brûlis. Le tavy n’est pas ici une simple pratique agricole mais un élément culturel déterminant de l’identité des paysans Betsimisaraka (Pfund et al., 1997)4 . Cette pratique agricole est souvent mentionnée comme la principale raison de la dégradation environnementale sur la falaise Est. Par simple définition, le tavy est une culture itinérante sur brûlis de forêt primaire ou secondaire (Chabronlin, 1965). Cette pratique agricole suit chronologiquement les étapes suivantes : choix du terrain, défrichement, séchage, semis, première gardiennage, sarclage, deuxième gardiennage, récolte et stockage ou vente. (Brand & Randriamboavonjy in TerreTany, 1997)5 . Ces étapes durent 5 à 6 mois. D’abord, avant le défrichement les paysans vont choisir et délimiter leur terrain de culture. Le choix du terrain est dicté par la présence des quelques plantes indicateurs de fertilité du sol comme les Psidia altissima, Albizzia sp., Robus mollucona (Vololonirainy, 3 Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a été créé en 1988 4 Cahiers Terre-Tany n°6 Mars 1997. pp 68-88 5 Cahiers Terre-Tany n°6 Mars 1997. pp 89- 96 5 1997). Puis, le défrichement se fait le mois de Septembre ou Octobre. Il s’agit de couper et de laisser sécher la végétation. Ensuite, la mise à feu de la surface défrichée se déroule 2 mois après le séchage. L’intérêt du brûlis réside surtout dans la mise à disposition du stock de minéraux assimilés par la végétation forestière ou jachère (Terre-Tany, 1994). Selon Vololonirainy (2010), le feu est le support de la pratique agricole dans un système de tavy car l’absence de feu prive le sol d’éléments fertilisants, ce qui remettrait en cause la production et la pratique elle-même. Après le feu, la famille effectue le semis et garde la semence contre les animaux dévastateurs. Un mois plus tard commencent les opérations de sarclage qui consistent à arracher (à la main) les adventices nombreuses, variées et volumineuses qui ont levé en même temps que le riz. La récolte s’effectue d’une manière extrêmement précaire : les panicules6 sont cueillies à la main au fur et à mesure de leur maturité, ce qui explique que sur un même tavy, d’environ un hectare, la récolte se prolonge pendant un à deux mois. Le rendement de la culture sur brûlis est faible, inférieur à 1 tonne/ha. Pour avoir un rendement satisfaisant, c’est –à-dire plus de 1000 kg à l’hectare, il faut au moins 6 à 8 années de jachères. (Vololonirainy, 1995). La durée de la jachère varie en fonction de l’ancienneté de la mise en valeur. (Vololonirainy, 1995). La durée moyenne de la jachère a été estimée à 5 ans. Après les premiers défrichements elle peut être plus courte (1 à 3 ans) grâce à la quantité de matière organique non décomposée qui pourra fertiliser rapidement le sol. (Pfund et al., 1997). Pourtant le rendement de la première année est faible par rapport à la deuxième car les sols sous forêts présentent une teneur en base échangeable moins importants que les sols sous savoka (Vololonirainy, 1995). Les villageois doivent changer de parcelle et la laisser en jachère après 3 ans de culture successive. La durée de la jachère joue un rôle déterminant dans la succession végétale et la régénération de la forêt. La régénération de la forêt La régénération désigne la restauration du couvert végétal à la suite de sa destruction ou de l’action de l’homme. Restaurer le couvert forestier peut avoir lieu par la reforestation, la régénération naturelle ou la régénération naturelle assistée. La reforestation est une plantation d’arbres par l’homme dans le but de repeupler une surface déboisée par lui-même. La régénération naturelle est la capacité de la forêt à se 6 Type d’inflorescence rameuse comportant plusieurs branches qui est commune chez les graminées (Dictionnaire encyclopédique des sciences de la nature et de la biodiversité, 2008) 6 reconstituer sans intervention humaine suite à une perturbation. Elle peut être réalisée sans de grands travaux ni des investissements importants à condition qu’on arrive à respecter la durée de jachère minimale nécessaire car une durée de jachère plus longue favorise la croissance et développement des espèces ligneuses. Leur prédominance va concurrencer la végétation herbacée et assurer la stabilité floristique de l’unité végétale (Vololonirainy, 1995). Tandis que la régénération naturelle assistée s’agit d’une technique d’agroforesterie qui consiste à protéger et gérer les repousses naturelles que produisent les souches d’arbres et arbustes dans les champs. L’évolution de ces concepts, leurs causes et leurs interrelations expliquent la dynamique dans le temps et dans l’espace de la couverture. Ainsi, nous avons adoptés la démarche suivante pour analyser la dynamique spatio-temporelle de la forêt de Maromizaha.

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