LES ASPECTS ANTHROPOMETRIQUES DE L’OBESITE

DIABETE CHEZ LES INDIVIDUS EN EXCES PONDERAL

LES ASPECTS ANTHROPOMETRIQUES DE L’OBESITE

Au terme de notre étude, nous avons inclus 330 sujets âgés en moyenne de 42,6 ± 12,4 ans pour une taille moyenne de 174 ± 9,3 cm et un IMC moyen de 26,8 ± 6,2 kg/m2 . Les femmes représentaient 29% de la population et les hommes 71 %. L’âge moyen des femmes était plus élevé que celui des hommes (44,6 ans contre 41,8 ans). Selon les données de l’IMC, 115 de nos sujets étaient obèses (IMC ≥ 30 kg/m2 ) avec une prédominance féminine (53,91%). La prévalence des individus obèses (34,85%) était relativement élevée ce qui suggère que le phénomène d’obésité est un problème réel dans la société africaine et plus particulièrement sénégalaise. Nos résultats confirment ceux retrouvés par d’autres auteurs ; en effet Ngoa et coll. [31] avaient trouvé une prévalence de personnes obèses de 33,33 % au cours d’une étude réalisée en 2001 au Cameroun. De plus, des études menées par Thiam et coll. [83] en 2006 sur une population de l’Afrique de l’Ouest ont montré des proportions très élevées d’individus en surpoids ou obèses. La mondialisation, l’alimentation actuelle seraient des facteurs favorisant la survenue de cette pathologie. La plupart des aliments consommés aujourd’hui est très riche en graisses saturées, en produits raffinés, en sel, et en sucres ajoutés [76]. De plus, on note que la consommation de fruits et de légumes n’est 63 pas coutume dans la société africaine ce qui réduit l’apport en nutriments et en fibres. Au cours des siècles, avec le développement, il y a une tendance à s’éloigner des régimes alimentaires traditionnels vers des régimes plus diversifiés et caloriques, ce qui conduit à une plus grande prévalence de l’obésité et une forte propension à la sédentarité. Nos résultats indiquent également que le surpoids ou l’obésité sont plus fréquents chez les femmes que chez les hommes. Cette observation est habituellement décrite dans la littérature ; en effet beaucoup d’auteurs [22] ont montré que les femmes sont beaucoup plus exposées au risque de devenir obèses comparées aux individus de sexe masculin. Ce phénomène serait lié à diverses croyances qui favorisent la prise pondérale chez la femme. À Yaoundé par exemple, capitale du Cameroun, Pasquet et coll. [60] mettent en avant cette prédominance féminine avec environ 50% des femmes qui souffrent de surcharge pondérale contre 33% des hommes en 2003. De même que dans une étude réalisée en Afrique sub-saharienne par Zabsonre P. et coll. [96] sur 207 sujets obèses, on dénombre 165 cas d’obésité gynoïde (80%) contre 42 cas de type androïde (20%). Les données disponibles sur l’Afrique de l’Ouest ont montré qu’environ 10 à 30% des hommes et 15 à 45% des femmes seraient en surpoids ou obèses [94]. Dans une étude réalisée en Afrique du Sud, 30% des femmes noires adultes étaient obèses, contre seulement 8 % des hommes ; et dans certains groupes, la prévalence de l’obésité pouvait dépasser 40 % [68]. Plus de 60% des sujets obèses sont des femmes dans les séries de NdiayeBadiane [54] et de Akintewe [7]. Dans les populations africaines, la fréquence de l’obésité (IMC ≥ 30 kg/m2) est plus grande chez les femmes pour des raisons essentiellement socioculturelles. En effet, dans beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne l’embonpoint est en effet considéré comme un critère de beauté et de bien-être chez la femme. 64 Globalement, les femmes grosses « sont bien vues » : la grosse femme est admirée et respectée, c’est une fierté pour son mari et pour sa belle-famille. La grosseur est vue comme l’expression du bien être : absence de souci, bonheur, un bon mariage, femme bien soignée par le mari. Comme en témoigne le fait que certaines femmes prennent des médicaments et font des injections pour grossir, la forte corpulence peut être recherchée [78]. Beaucoup d’auteurs, tels que Popkin [66] ont indiqué que le changement de mode de vie pourrait être la source de l’augmentation de l’obésité et des maladies chroniques liées à l’alimentation dans les PED comme le Sénégal.

L’OBESITE ET LA SURVENUE DE MALADIES CARDIOVASCULAIRES ET METABOLIQUES

Nous avons trouvé dans cette étude des liens entre l’augmentation de l’IMC et le risque de survenue de l’hypertension artérielle et/ou du diabète. En effet dans le groupe 1 constitué des sujets d’IMC normal nous avons trouvé 7,2% de sujets hypertendus qui étaient tous des hommes contre 91,8% ne présentant pas un profil hypertendu (p = 0,0068 et RR = 18,47% ; IC (95%) : 12,6 – 21,4). En revanche, chez les sujets en surpoids ou obèses la prévalence des personnes hypertendues était statistiquement plus élevée, respectivement 7,6% et 37,39% dans les groupes 2 et 3 (p= 0,02 et RR = 0,22 ; IC (95%) : 0,02 – 1,56 uniquement dans le groupe 2). En ce qui concerne la glycémie, l’état d’hyperglycémie était corrélé avec l’augmentation de l’IMC. En effet, nos résultats ont montré que 20,3% des individus du groupe 2 étaient diabétiques versus 79,7% (p = 0,03 et RR = 2,58 ; IC (95%) : 1,54 – 4,6). De plus, des corrélations positives entre l’IMC et la glycémie d’une part ; et entre l’IMC et la PAM d’autre part ont été observées (p<0,0001 et r= 0,3318 et p<0,0001et r= 0,5735 respectivement). Nos résultats vont dans le même sens 65 que ceux de la littérature. En effet, Sobngwi et coll. [80] ont démontré lors d’une étude réalisée au Cameroun en 2004, que la durée d’exposition à la vie urbaine est positivement corrélée à l’IMC, la tension artérielle et le glucose sanguin. Une étude récemment réalisée à Dakar a montré que la prévalence de l’obésité chez les diabétiques de type 2 est très élevée, elle varie entre 14 % et 35% [55]. Par ailleurs, Cooper et coll. [21] ont montré la relation qui existe entre l’IMC et le risque de survenue d’HTA au sein d’une population originaire de l’Afrique de l’Ouest. Il existe un gradient de prévalence de l’HTA, parallèlement à l’augmentation de l’IMC, entre des populations résidant en Afrique de l’Ouest, aux Caraïbes, et la population noire de la banlieue de Chicago aux Etats-Unis [21]. L’élévation proportionnelle de l’IMC et de la prévalence de l’HTA suit globalement le degré d’occidentalisation du mode de vie et du changement du régime alimentaire qui porte essentiellement sur l’apport en excès de nutriments énergétiques.

IMPLICATION DE LA MASSE GRASSE DANS LA SURVENUE DU DIABETE ET DES PATHOLOGIES CARDIOVASCULAIRES

Il est vrai que ce travail a permis d’établir un lien entre l’augmentation de l’IMC et l’apparition de maladies cardiovasculaires. Cependant, notre principale observation résidait sur le fait que ces pathologies sont étroitement corrélées à la graisse corporelle. Nos résultats ont révélé des corrélations positives (p<0,0001) entre PAM, glycémie ou fréquence cardiaque et l’indice de graisse (r = 0,4994 ; r = 0,3268 et r = 0,1926 respectivement). Ceci corrobore les résultats d’autres auteurs ; en effet, des études ont rapportées des liens entre l’accumulation du tissu adipeux viscéral et l’apparition des complications métaboliques et cardiovasculaires liées à l’augmentation de la masse grasse [24]. 66 La distribution de la masse grasse peut être aisément appréciée par la mesure du tour de taille. Ainsi, dans l’étude des professionnels de santé américains [37] portant sur un échantillon de 27300 hommes âgés de 40 à 70 ans, l’élévation du tour de taille est associée à un risque accru de survenue du diabète indépendamment de l’IMC. Aussi faut-il noter que des auteurs ont rapporté que l’augmentation du tour de taille est un meilleur indicateur de risque que l’IMC [24]. A chaque niveau d’IMC, l’accroissement du tour de taille est associé à une élévation du risque de diabète et/ou de l’hypertension artérielle [24]. En 2000, Geronooz et Coll. [34] après avoir défini l’obésité comme une augmentation de la masse grasse, ont indiqué que cette dernière multiplie par 2 le risque de survenue de l’hypertension artérielle chez les sujets adultes. De plus, il a été démontré chez des sujets en surpoids que chaque excédent de poids de 10 kg par rapport au poids idéal s’accompagne d’une élévation de 3 mmHg pour la PAD et de 2 mmHg pour la PAS. Les pathologies coronaires seraient aussi liées à l’augmentation de la masse grasse [34]. Cependant, l’autre résultat intéressant que nous avons trouvé dans ce travail était l’existence des corrélations entre la PAM et l’indice de masse maigre chez nos sujets. Bien qu’aucune étude selon nos connaissances n’ait mis en évidence cette relation, des résultats récemment obtenus (2013) par Lang [52] ont montré que la masse maigre serait un facteur important dans la détermination du phénotype métabolique et/cardiovasculaire chez les sujets obèses.

Table des matières

INTRODUCTION
PREMIERE PARTIE : REVUE DE LA LITTERATURE
I. ELEMENTS DE DEFINITION DE L’OBESITE
II. HISTOIRE NATURELLE ET ORIGINE DE L’OBESITE
III. METHODES D’EXPLORATIONS DE L’OBESITE
III.1. Indicateurs anthropométriques de l’obésité
III.1.1. Le poids corporel et la taille
III.1.2. Indice de masse corporelle
III.2. Techniques de mesure de la masse grasse
IV. EPIDEMIOLOGIE DE L’OBESITE
IV.1. Répartition géographique
IV.2. Variations de la prévalence en fonction de l’âge et du sexe
V. COMPLICATIONS DE L’OBESITE
V.1. Hypertension artérielle
V.2. Insulino-résistance et diabète
V.3. Dyslipidémies
DEUXIEME PARTIE : TRAVAIL PERSONNEL
I. CADRE DE L’ETUDE
II. TYPE ET PERIODE D’ETUDE
III. MATERIEL ET POPULATION D’ETUDE
III.1. Matériel
III.2. Population d’étude
IV. DEROULEMENT DU PROTOCOLE
IV.1. Remplissage de la fiche de recueil de données
IV.2. Paramètres étudiés
IV.2.1. Mesure de la glycémie
IV.2.2. Mesure des paramètres impédancemétriques
IV.3. Analyses statistiques
V. RESULTATS
V.1. Caractéristiques de la population étudiée
V.1.1. Données anthropométriques
V.1.2. Répartition de la population selon l’IMC d’après l’OMS
V.2. Evaluation de la prévalence de l’obésité.
V.3. Prévalence de l’HTA et du diabète dans les différents groupes étudiés
V.4. Prévalence de l’HTA et du diabète selon le sexe
V.5. Liens entre les paramètres étudiés et la composition corporelle
DISCUSSION
I. LES ASPECTS ANTHROPOMETRIQUES DE L’OBESITE
II. L’OBESITE ET LA SURVENUE DE MALADIES
CARDIOVASCULAIRES ET METABOLIQUES
III. IMPLICATION DE LA MASSE GRASSE DANS LA SURVENUE DU DIABETE ET DES PATHOLOGIES CARDIOVASCULAIRES
CONCLUSION
REFERENCES

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