QUI INTERROGE SUR LA RATIONALITE DES INVESTISSEURS

QUI INTERROGE SUR LA RATIONALITE DES INVESTISSEURS

Un succès surprenant qui appelle des explications…

. Un succès surprenant… Nous l’avons constaté dans la première section de ce chapitre, les chiffres du crowdfunding et plus spécifiquement de l’equity crowdfunding, reflètent le succès de cette industrie émergente. Un nombre croissant d’investisseurs individuels prennent le risque de souscrire au capital de jeunes entreprises. Comme nous l’avons observé, les investisseurs individuels en equity crowdfunding ne sont pas des investisseurs sophistiqués. S’ils peuvent disposer d’une expertise dans le domaine d’activité de l’entreprise en demande de financement, ils n’ont pas pour autant les connaissances et l’expérience nécessaire à des due diligences approfondies ou une évaluation financière. De plus, les risques auxquels l’investisseur en equity crowdfunding s’expose sont multiples et augmentés par le stade précoce des projets financés. En particulier, le manque d’information comptable et financière, logiquement limitée, réduit la portée d’une analyse financière et complexifie l’évaluation. En outre, si l’information est rare, elle est aussi asymétrique. A ce sujet, Agrawal et al. (2014) évoquent le caractère surprenant d’investisseurs potentiellement éloignés géographiquement de l’entreprise financée et opérant par internet, alors que dans la sphère du capital risque, la proximité géographique est nécessaire à l’établissement de relations personnelles et de due diligence à même de réduire l’incertitude et l’asymétrie d’information. Aussi, l’analyse de l’investisseur, préalable à son choix d’investissement, porte sur l’information disponible or celle-ci est fournie par la plateforme. Cette dernière a une obligation  légale d’information des investisseurs et doit lui communiquer une information suffisante pour qu’il puisse juger de l’opportunité d’investissement de façon éclairée. Dans le même temps, Cette information est fournie par les dirigeants de l’entreprise en demande de financement avant d’être contrôlée par la platefome, ainsi elle court le risque d’être biaisée car ces deux acteurs sont intéréssés par la réussite de l’opération de levée de fonds. Si l’on focalise sur la rentabilité des investissement en equity crowdfunding, Dorff (2014), très critique vis à vis de ce nouveau mode de financement, estime qu’en l’absence de données sur la rentabilité des investissements en equity crowdfunding, le mieux que l’on puisse faire pour approximer ces résultats est de procéder par analogie avec l’activité des BA. À contrario des investisseurs de la foule, les BA sont des investisseurs sophistiqués. Néanmoins, malgré leur grande expérience dans le domaine d’activité des sociétés financées, le temps passé en due diligence (20 heures en moyenne) et leur capacité à conseiller les dirigeants, seulement 10% (approximativement) des sociétés financées génèrent des rendements significatifs. Les deux études (l’une aux USA et l’autre au Royaume Uni) sur lesquelles l’auteur fonde son analyse rapportent des résultats similaires : un peu plus de la moitié des sociétés financées (respectivement 52% et 56%) ont entrainé une perte financière, voire une perte totale du capital investi. Les BA réduisent ce risque économique par une gestion diversifiée, ils sont aussi en mesure de négocier des clauses limitant l’effet de dilution des tours de tables suivants. Les résultats ex-post de Signori et Vismara (2016) sur les rendements des investissements en equity crowdfunding confortent les avertissemets de Dorff. La distribution des rendements des entreprises financées de leur échantillon est fortement asymétrique, la moyenne des rendements est supérieure à la médiane, la probabilité de gains élevés est faible et la probabilité de perdre la totalité du capital investi est de 10% dans un délai relativement court . 

…qui trouve des explications psychologiques : les motivations des investisseurs en equity crowdfunding…

En raison de la chronologie liée à l’émergence des plateformes, l’étude des motivations de la foule a d’abord concerné des plateformes de crowdfunding non financières et principalement les plateformes de type don et reward-based. Notons tout d’abord avec Mollick (2013) que les buts et motivations des crowdfunders sont très hétérogènes, ces derniers peuvent aussi bien soutenir une cause sérieuse et importante qu’un projet extravagant. Cette diversité est vérifiée dans les travaux de nature exploratoire de Lin et al. (2014), qui, sur la base de 2000 projets soutenus par 180 000 crowdfunders sur la plateforme Kickstarter, identifient une typologie des sponsors révélant quatre groupes : les ‘active backers’, les ‘trends followers’, les ‘altruistic’ et la ‘crowd’. Notons que les motivations sont fréquemment classées selon la typologie de la théorie de l’autodétermination de Deci et Ryan (1985) dans laquelle on distingue entre motivations intrinsèques, pour lesquelles les comportements sont mûs par l’intérêt et le plaisir pris dans la tâche elle-même et motivations extrinsèques pour lesquelles le comportement est motivé par un résultat extérieur à la tâche. Schwienbacher et Larralde (2010) notent qu’un grand nombre de projets n’offrent pas de récompense mais reposent sur des dons ce qui indique que des motivations non financières entrent en ligne de compte. Parmi celles-ci, deux motivations intrinsèques, la philantropie et la communauté, sont évoquées dans toutes les études et recherches.

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