Une fonction administrative consolidée par l’émergence d’une administration centrale

Une fonction administrative consolidée par l’émergence d’une administration centrale vouée aux relations extérieures

Installés à Versailles, les bureaux centraux des Affaires étrangères vont se démarquer des autres administrations d’État en se dotant d’une organisation (a) et d’un corps de fonctionnaires entièrement voués à la gestion des relations avec l’étranger (b). On verra, ainsi, que même émergente la « Carrière » diplomatique revêt déjà, sous l’Ancien Régime, une portée élitiste, à cette nuance près par rapport à la pratique républicaine, qu’elle ne vaut que pour certains employés de bureaux à l’exclusion notable des diplomates (c). a. L’organisation du Secrétariat des Affaires étrangères 237. Sous l’Ancien Régime, le département des Affaires étrangères compte entre 5 et 8 bureaux. Les plus importants (2 à 3 bureaux) traitent des questions politiques que les secrétaires d’État aux Affaires étrangères leur confient à leur gré sur le principe d’une répartition géographique. Par exemple, en 1725, sous le ministère de Charles FLEURIAU de MORVILLE (1723-1727), le premier bureau gère la correspondance d’Angleterre, de Hollande, de Suisse et de Lorraine des États du Nord et de l’Allemagne du Nord ; le deuxième bureau, celle de l’Allemagne rhénane et danubienne, de la Diète d’Empire, des Pays-Bas catholiques et de la Suisse ; quant au troisième bureau, il hérite de celle d’Italie, d’Espagne,  du Portugal et de la Turquie491. Pour autant, le critère géographique n’est pas absolu. L’effort de structuration des Affaires étrangères justifie, en parallèle, l’émergence d’un premier système de répartition méthodique qui tient compte de la spécialisation des échanges avec  l’étranger. Les trois bureaux politiques sont, ainsi, complétés par différents services : le Dépôt des Archives, le bureau des Fonds, le bureau du Chiffre (1749-1755), le bureau des Interprètes et, avant 1757, le bureau des Provinces dont il avait hérité la gestion depuis le règne d’Henri III et dont la gestion est rattachée aux bureaux politiques. Envisageons-les succinctement.

Les bureaux politiques ont la particularité d’être itinérants : ils suivent la Cour dans ses déplacements à Compiègne et Fontainebleau et accompagnent, parfois, le Roi dans ses campagnes en Europe occidentale et orientale. Comme il a été déjà précisé, ils s’occupent chacun d’un secteur géographique : ainsi, en 1727 – et donc, toujours sous le ministère susmentionné de FLEURIAU de MORVILLE – LA PORTE DU THEIL se voit confier les relations avec l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Lorraine, la Turquie ; son collègue LE DRAN a en charge les relations avec la Cour de Vienne, les Électeurs rhénans, la Diète germanique, la Suisse et les Pays-Bas, tandis que PECQUET s’occupe des correspondances avec les Puissances maritimes, de l’Allemagne septentrionale, de la Scandinavie, de la Pologne et de la Russie. Bien plus, en 1757, profitant du caractère effacé du Secrétaire d’État des Affaires étrangères de l’époque, Antoine ROUILLÉ (1754-1757), l’ambitieux abbé de LA VILLE, pourtant « seulement » premier commis parvient à contrôler presque tous les pays. Cette pratique hégémonique prend fin, cependant, avec le retour du duc de CHOISEUL à la tête des Affaires étrangères en 1758. A cette date, la spécialisation des fonctions simples commis est 239. Le Dépôt des Archives, quant à lui, est créé en 1711 par COLBERT de TORCY (1679-1696), œuvre que consolidera son fils le marquis de TORCY à sa succession (1696- 1715). Sa gestion est confiée dans un premier temps à Yves de SAINT-PRIEST (1711-1715), puis à Nicolas LE DRAN, ce qui permet à ce dernier de passer du rang de simple commis (1711) à celui de premier commis (1740-1749). Installées à l’origine dans l’attique du pavillon du vieux Louvre, les Archives sont transférées en 1763, sous le ministère de CHOISEUL-PRASLIN (1761-1766), dans un hôtel construit à cette fin à Versailles, à proximité immédiate du château qui abrite également.

« Les personnels de bureaux [avaient] en théorie le statut de « domestiques »»510. Ils étaient nommés et révoqués à la discrétion du ministre, mais dans les faits, ils étaient nombreux à faire carrière « jusqu’à 50 ans » alors même qu’ « ils [pouvaient] bénéficier d’une décisions »514. Toutefois, en l’absence de responsabilité collégiale gouvernementale, le rôle d’information du Secrétaire d’État est de portée politique moindre que celui qu’exerce le ministre actuel. Concrètement, il annote les dépêches du Roi, reçoit les ambassadeurs étrangers, rédige lui-même les instructions les plus importantes et avalise les autres par 244. A partir du ministère du marquis de TORCY (1696-1715), il s’appuie sur des secrétaires qui relayent ses directives à destination des services intérieurs et extérieurs composés de grands commis et de divers subalternes. Ainsi, en est-il du comte de LIGNY, premier secrétaire des Affaires étrangères de TORCY qui lui attribue, en cette qualité, la responsabilité du Chiffre ainsi que les correspondances secrètes avec les chancelleries étrangères. Il lui adjoint, par la suite, un second secrétaire, Jean-Gabriel de LA PORTE DU THEIL, pour l’assister. De 1747 à 1766, le personnel s’étoffe d’un « secrétaire des Affaires étrangères », simple commis, avant que la secrétairerie ne soit élargie à une dizaine de personnes jusqu’en 1770.

 

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