Étude épidémiologique des expositions reprotoxiques des couples infertiles au CPMA

Comment la notion de santé environnementale s’est posée en fertilité humaine

Les paramètres de fertilité humaine (en particulier la concentration en spermatozoïdes) semblent diminuer depuis plusieurs décennies. L’origine de cette baisse n’est pas clairement définie, mais l’environnement joue certainement un rôle important .
Avant que la notion de santé environnementale s’applique à la fertilité, elle est apparue tout d’abord chez les femmes enceintes. En effet, les recherches sur l’environnement de la femme enceinte et l’enfant à naitre ont commencé dans les années 1970, avec des études centrées principalement sur les effets du tabac et des expositions professionnelles. Elles se sont accrues dans les années 1990, avec l’apparition de biomarqueurs d’exposition, ayant un coût suffisamment faible, permettant de s’intéresser aux expositions chimiques.
L’une des premières preuves de l’exposition du fœtus à un toxique a été le scandale du Distilbène®. Le diéthylstilbestrol, estrogène de synthèse non stéroïdien a été utilisé en France entre 1948 et 1977, sous deux spécialités : le Distilbène® et Stilboestrol-Borne®. Il a été prescrit aux femmes enceintes en prévention d’avortements spontanés, d’hémorragies gravidiques, et d’autres complications de grossesse. Ce médicament a été reconnu comme ayant un impact sur la 1ère, 2ème et 3ème génération .
Puis de nombreuses autres études ont objectivé les liens entre l’environnement comportemental (alcool, tabac, cannabis), domestique (chimiques et physique : plomb, PCB, tabagisme passif), professionnel (agriculture, coiffure), de la femme enceinte et des répercussion négative sur l’enfant à naitre .
Ces travaux ont été réalisés dans le cadre de l’étude des origines développementales de la santé et de la maladie (DOHaD), qui s’intéresse à l’évolution, de l’embryon, du fœtus et du nourrisson, sous l’influence constante de l’environnement dans lesquels ils se développent.
L’expérimentation animale suggère que les expositions environnementales fœtales peuvent ne pas avoir de manifestation clinique durant la grossesse et rester silencieuses jusqu’à l’âge adulte. Un environnement maternel défavorable par un déséquilibre hormonal, du stress oxydant, des produits chimiques, des agents infectieux, peut entrainer des anomalies du placenta et des altérations épigénétiques. Ces modifications épigénétiques telles que la méthylation de l’ADN, l’acétylation des histones et les ARN non codants seraient impliquées dans l’altération de la santé ultérieure de la progéniture. Une vision plus large de la DOHaD conduit ainsi à l’existence d’un «héritage épigénétique», au travers des lignées germinales, qui se transmettrait de façon transgénérationnelles .

Impacts attendus sur la fertilité d’une correction des expositions reprotoxiques

De rares publications montrent une augmentation du taux de grossesse en AMP avec une correction de certains facteurs de risques. Par exemple, une activité physique régulière pratiquée avant un cycle d’AMP est significativement associée à l’amélioration des taux de succès en AMP, chez les patientes obèses infertiles, indépendamment de la perte de poids ; un arrêt du tabagisme en AMP, chez l’homme, diminue le taux d’échec de 4% par année de sevrage, et chez la femme il y a une tendance à de meilleur taux de grossesse .
Notre hypothèse est que la réduction de l’essentiel des expositions reprotoxiques pourrait améliorer non seulement les résultats en AMP, mais aussi la fertilité spontanée, le déroulement de la grossesse et la santé future de l’enfant. Un essai randomisé est actuellement en cours, proposant une application mobile avec un suivi personnalisé des expositions environnementales (alimentation, activité physique, qualité de vie) des patients infertiles .

Analyse bibliographique des impacts des facteurs environnementaux sur la fertilité masculine et féminine

Dans la littérature, l’impact des facteurs environnementaux sur les couples infertiles est traité très souvent en étudiant les expositions individuellement. Chez les hommes, de nombreuses publications montrent un impact délétère de l’exposition à divers facteurs toxiques (professionnels ou non) sur les paramètres spermatiques . Chez les femmes, les articles étudient l’impact de ces expositions sur la réserve ovarienne, les variations hormonales, et le nombre d’ovocytes recueillis lors de la ponction ovarienne pour fécondation in vitro (FIV) .
L’identification et la hiérarchisation des facteurs environnementaux reprotoxiques ont été récemment décrites par Teysseire et coll . Nous nous sommes basés sur ces données pour réaliser une revue de la littérature à partir de la base de données PubMed, sans limite de date, sur les impacts de ces expositions environnementales reprotoxiques sur la fertilité masculine et féminine, ainsi que sur les paramètres d’AMP. En tenant compte du niveau de preuve des publications sélectionnées, cette analyse nous a permis de classer les expositions reprotoxiques en facteurs de risque reprotoxique «reconnu» ou «suspecté». Pour définir ces niveaux de preuve, nous nous sommes inspirés des données de Sackett et du Centre Cochrane Français (Sackett, 2000 ; Définir le meilleur type d’étude – Centre Cochrane Français 2016). Les méta-analyses et les essais contrôlés randomisés à forte puissance statistique ont ainsi constitué un niveau élevé de preuve scientifique (A). Les essais contrôlés randomisés à faible puissance statistique, les études comparatives prospectives et les études de cohortes ont fourni un assez bon niveau de preuve (B). Les études cas-témoins et les études rétrospectives ont constitué un faible niveau de preuve (C). Enfin, les séries de cas et les études sur les animaux constituent un niveau de preuve très faible (D). Les facteurs reprotoxiques ont été considérés comme « reconnus » pour les niveaux de preuve A et B principalement, « suspectés » pour les niveaux de preuve C et D principalement.

Table des matières

Partie I : Environnement et fertilité humaine 
1) Introduction
2) Comment la notion de santé environnementale s’est posée en fertilité humaine
3) Analyse bibliographique des impacts des facteurs environnementaux sur la fertilité masculine et féminine
4) Impacts attendus sur la fertilité d’une correction des expositions reprotoxiques
5) Problématiques abordées dans notre travail
Partie II : « In infertile patients, risk factors for environmental reprotoxic exposure are widespread, limited in number and modifiable » 
Partie III : Analyse des liens entre expositions reprotoxiques et grossesses évolutives en AMP
1) Objectif de l’étude
2) Matériels et méthodes
3) Résultats
4) Discussion et limites
Partie IV : Perspectives et conclusion générale de l’étude 
1) Données concernant la précarité
2) Données concernant les expositions professionnelles
3) Données concernant les expositions environnementales du lieu d’habitation
4) Mutualisation des données dans la base de données nationale du réseau PREVENIR
5) Application pratique
Annexes
Références bibliographiques

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