LA CARTE SCOLAIRE DE LA COMMUNE DE KEBEMER

LA CARTE SCOLAIRE DE LA COMMUNE DE KEBEMER

Historique de l’implantation de la ville de Kébémer

Kébémer, comme les autres villes du Vieux Bassin arachidier est né à l’époque coloniale avec l’expansion de la culture arachidière et de l’économie de traite. Le développement de ce nouveau système d’établissement repose sur l’équilibre villes-campagne. A. La formation du Vieux Bassin arachidier A l’origine, le Vieux Bassin arachidier était l’espace de culture arachidier englobant d’une part la partie méridionale du département de Louga (arrondissement de Mbédiène et de Coki) et d’autre part la totalité du département de Kébémer. En réalité la naissance du Bassin arachidier relève de la volonté politique de la France de reconvertir l’économie de subsistance de la colonie en économie de marché. Dès le début de la colonisation française, une première tentative de reconversion avait été faite avec la gomme arabique dont la cueillette était organisée dans le nord du Sénégal. Elle avait attiré les maisons bordelaises et marseillaises toutes installées à Saint-Louis alors capitale de la colonie du Sénégal. Mais cette spéculation va bientôt connaitre une crise sur le marché qui se répercutera sur la rentabilité des opérations des maisons commerciales métropolitaines. A l’inverse, l’arachide jusque- là culture de subsistance, trouvait de nouvelles perspectives commerciales. Le prix d’achat de son huile venait de connaitre une hausse spectaculaire dans le marché européen à la suite de la forte demande et de la préférence dont elle a bénéficié aux dépens de ses concurrents. Les pouvoirs coloniaux profitèrent alors de cette opportunité pour encourager la production de l’arachide et spécialiser la colonie du Sénégal dans cette spéculation. Ils réussirent par la même occasion à offrir aux maisons commerciales affectées par la crise de la gomme de nouvelles opportunités de reconversion économique. Cette reconversion d’une économie de subsistance à une économie monétaire va être à l’origine de profondes mutations sur l’organisation de la société. Mais elle inaugure aussi une nouvelle ère dans les relations entre le milieu traditionnel et le monde moderne par son insertion dans la division internationale du travail. Bien que cette division internationale du travail qui se dessine ainsi soit l’occasion pour l’arachide d’amorcer sa renaissance, ce n’est pas elle-même qui est à la base des mutations. La spéculation est déjà connue depuis le XVIe siècle au Sénégal et les populations l’ont adopté dans leur système de culture. L’arachide est ensuite adaptée aux conditions naturelles 24 en particulier le climat soudano-sahélien de la zone nord du Sénégal (puisse que poussant normalement dans des zones tropicales comprises entre des isohyètes de 400 mm et plus). Mais le plus important était le système économique qui ne manquera pas d’agir sur la société et l’espace. L’introduction de cette spéculation va surtout commencer par cette région nord, non pas qu’elle présentait de meilleures conditions naturelles mais qu’elle jouissait d’un environnement économique, social et d’une situation géographique particulière. L’espace du département de Kébémer réunissait ainsi donc toutes les conditions pour le développement de la culture de l’arachide, de l’économie de traite et d’un nouveau type d’établissement humain. C’est ainsi qu’une ville comme Kébémer va progressivement apparaître et connaître une certaine évolution au fil des années. Certes, les facteurs physiques sont incontournables mais le facteur humain apparaît déterminant dans la naissance et le développement du Bassin arachidier. En effet, il est à la base des facteurs politiques et historiques qui déterminent l’organisation de l’espace, sa territorialisation et sa dynamique. Le facteur humain est le produit de l’histoire et de la géographie. Le choix de cette zone répond surtout a des avantages comparatifs lies a des facteurs humains endogènes et exogènes .réunis par l’histoire et la géographie. Parmi ces facteurs on peut citer les avantages de situation, le mode de production des Ceddo dans la société wolof, les structures de l’évolution de l’habitat et des terroirs dans cette même société wolof. Ancrée dans la zone de Kébémer, l’arachide en réorganisant l’habitat rural et en favorisant la dispersion de l’habitat traditionnel groupé sous l’ère de la monarchie, a en revanche stimulé l’existence d’agglomérations humaines qui ont évolué vers le statut de ville. Ainsi Kébémer a été pendant l’époque coloniale un important point de collecte de la culture arachidière du fait de la quantité d’arachide rassemblée en un lieu qui détermine son statut et sa place dans la hiérarchie des localités, En plus de cet aspect quantitatif, s’opère sous l’impulsion de l’arachide la hiérarchisation des établissements humains. Kébémer devient de ce fait un des points d’ancrage de l’administration colonial d’abord, puis du Sénégal indépendant. Apres l’indépendance, Kébémer devient un point important de traite et va connaitre successivement trois périodes ou phases qui vont impacter sur son évolution sur le plan 25 démographique, spatial, économique et surtout scolaire. Ces différentes mutations correspondent d’abord à une période de politique volontariste puis a une politique libérale de la part de l’État et enfin a une période d’émigration massive de ressortissants de la ville. Ces différentes phases vont plus ou moins affecter le système éducatif dans la ville de Kébémer. B, La phase des politiques volontaristes L’équilibre villes-campagne qui se dessine avec l’économie arachidière dans le cadre de la traite va connaitre une évolution sous l’influence des politiques de développement inities par le Sénégal indépendant. Ces politiques sont d’abord sous-tendues par une volonté de relever le défi du développement, d’ où leur nom de politiques volontaristes. Dès la période de l’autonomie interne entre 1958 et 1960, la volonté de rompre avec l’économie de traite par la promotion du développement, la mise en place d’infrastructures de base et la création d’une bourgeoisie nationale s’étaient vivement exprimées à travers d’ambitieux projets. Ces politiques volontaristes ont impacte Kébémer car le rôle de l’État a été renforcé avec l’organisation de l’a production agricole. On assiste des lors à une socialisation de la production avec la mise en place des coopératives agricoles. Ainsi Kébémer émerge alors comme ville-marche et en même temps comme centre administratif. Avec ses nouvelles fonctions tertiaires, la ville se verra doter de constructions scolaires comme la création de l’école élémentaire Cheikh Ibra Faye en 1960, du collège d’enseignement moyen Macodou Kanghé Sall en 1969, de l’école élémentaire Mor Madjiguene Kebe en 1975 et de l’école maternelle en 1979. Cependant vers les années 1980, la crise de la production et la détérioration de l’échange ont pour effet de désorganiser l’espace régional et montrer davantage les limites de la volonté politique face au marché. En réussissant à infléchir les décisions de l’État et même à changer de stratégie politique, les contraintes physiques et le marché remettent en cause les politiques volontaristes. 26 C .La phase de politiques libérales Ces politiques libérales qui débutent au milieu des années 1980 avec le slogan « moins d’Etat, mieux d’Etat » ont déconstruisent les fonctions urbaines de la ville de Kébémer. Ainsi on assiste a une réduction du nombre de fonctionnaires et des salaries de la ville. En même temps ce désengagement de l’État se traduit sur le plan de l’éducation par un quasigel des constructions scolaires. En effet on note une absence de nouvelles écoles : de 1982 à 1995, seules deux écoles élémentaires, Mbaye Fatma Kebe appelée école 4 ont été implantée en 1981 et l’école 5 en 1995. Ainsi donc des villes comme Kébémer sont abandonnées a leur sort et le secteur de l’éducation en prend un sacre coup. Devenue un véritable kyste urbain, la ville de Kébémer verra son économie étouffée. D’ailleurs ces politiques libérales ou réalistes vont être à l’ origine de profondes mutations sur le plan social et économique. Au milieu de la décennie 80 on assiste a un important mouvement d’émigration en direction de Touba, de Dakar mais aussi vers l’extérieur Italie, Espagne etc. Par conséquent à la lumière de l’évolution du contexte international ou régional et des stratégies des acteurs locaux dont les plus en vue sont les migrants internationaux, des changements interviennent dans le Vieux Bassin arachidier aussi bien sur le plan social que spatial. D. La phase de l’émigration massive et des transferts de capitaux Cette phase a été une stratégie développée par les populations face a la crise de la production et à la situation d’abandon dans laquelle elles se trouvaient avec le « moins d’Etat, mieux d’Etat ». L’émigration dans la zone de Kébémer s’est accélère au milieu des années 1980. De ce fait elle a concerné aussi bien les habitants de la ville que ville de ceux des villages environnants. Ainsi la ville va en tirer le plus grand bien car ces émigres de la comme de la campagne vont restaurer la vitalité urbaine. En effet ils vont s’installer dans la ville où ils construisent des maisons et investissent dans le commerce et l’artisanat. Avec cette vitalité retrouvée, Kébémer redevient attractif et de nombreux villages se déplacent a la recherche d’une proximité collective. Cela va entrainer un renforcement des fonctions urbaines et ceci a pour conséquences une expansion urbaine et un accroissement démographique. 27 Kébémer s’agrandit spatialement et démographiquement. De nouveaux quartiers se développent sur sa périphérie et la population de la ville augmente sans cesse. Ces nouveaux espaces qui accueillent les populations sont Mbabou, Mbassine, Diamaguene, Gala, Medina sans compter l’intégration des villages de Tobi Diop, Ndiabi Fall et Ndakhar Syll dans la commune. L’impact des transferts de capitaux des émigres combine a la volonté politique de l’État d’étendre l’offre éducative en 1995 vont être à l’origine du développement et du renforcement de la carte scolaire. Pour satisfaire à une forte demande scolaire, les autorités vont ouvrir des écoles dans les différents quartiers naissants. C’est ainsi que 19 structures d’enseignement sur les 27 que compte actuellement la commune seront implantées entre 1995 et 2016. Aujourd’hui chaque quartier de Kébémer est doté au moins d’une école. L’élargissement de la carte scolaire dans la ville a beaucoup bénéficie de l’apport des émigres qui ont joué un grand rôle dans la redynamisation de son économie, de son développement spatial et démographique. Cependant cette forte demande éducative consécutive a un développement spatial et démographique de la ville de Kébémer, a été satisfaite grâce a une volonté politique de l’État qui a mis en place depuis 1995 un certain nombre de projets, de programmes pour piloter et reformer le système éducatif’ (PVE, PDEF, PAQUET…) 28 CHAPITRE II : les programmes de réforme et de pilotage du système éducatif sénégalais Depuis l’indépendance du pays, le Sénégal s’est toujours doté d’outils de gestion et de pilotage de son système éducatif. Ainsi des instruments juridiques comme la constitution, les lois et autres décrets ont été élaborés. A côté de ces textes, des programmes ont été initiés pour réformer et développer le secteur de l’éducation et de la formation. Il s’agit notamment du Programme Décennal de l’Education et de la Formation (PDEF) qui est devenu par la suite, en 2013 le Programme de Développement de l’Education et de la Formation et du Programme d’Amélioration de la Qualité, de l’Equité et de la Transparence (PAQUET). A. Le Programme Décennal de l’Education et de la Formation (PDEF) Ce Programme a été initié en 2001 et s’est poursuivi jusqu’en 2011. Un certain nombre de erales ou realistes vont forums et de rencontres tenus sur le plan international, régional et national ont précédé son élaboration. 

Les Rencontres et assises nationales ayant inspiré l’élaboration du PDEF 

 Les Etats Généraux de l’Education et de la Formation (EGEF) 

De larges concertations nationales appelées Etats Généraux de l’Education et de la Formation(EGEF) ont eu lieu en 1981 et marqué d’une pierre blanche tout le développement du système éducatif sénégalais pour l’avènement d’une école nationale, démocratique et populaire. La Commission Nationale de Réforme de l’Education et de la Formation(CNREF) mise en place au lendemain des EGEF, a jeté les bases d’une Ecole Nouvelle. De 1981 à nos jours, les orientations dégagées par les EGEF ont certes connu des succès dans la Commune de Kébémer car l’accès à l’éducation a été considérablement amélioré et le nombre d’écoles et d’élèves s’est sensiblement accru. Cependant comme sur le plan national, les l’introduction des langues nationales n’est pas encore effective. 2

 Le Colloque de Kolda 

Ce Colloque a produit le plan d’action de l’éducation non formelle au Sénégal et a permis la mise en place d’un cadre consensuel pour la réalisation de programmes d’alphabétisation en direction des jeunes, des adultes et particulièrement des femmes. A l’issue de ce Colloque des ONG et des Associations se sont engagées dans des programmes d’alphabétisation pour les jeunes, les adultes et les femmes. Ainsi dans la Commune une ONG comme la Vision Mondiale avait mis en place des classes à Tobi-Diop et à Ndiabi-Fall. Ces classes prenaient en charge l’éducation des jeunes, des adultes et des femmes

Le Colloque de Saint-Louis de 1995 

Saint-Louis a abrité ce Colloque qui a permis de dégager les grandes orientations et les stratégies visant le renforcement de l’accès è l’éducation, la réalisation de la gestion concertée, l’harmonisation des interventions dans le secteur, l’étude et l’approfondissement des modèles alternatifs pour l’éducation de base. Dans la Commune de Kébémer, les recommandations de ce Colloque se sont traduites sur le terrain par l’ouverture surtout de classes d’alphabétisation en direction des femmes à partir de l’année 1995. En effet, dans le cadre du PAPF (Projet d’Alphabétisation Priorité Femme, ADEF/Afrique (Association pour le Développement de l’Education et de la Formation) a ouvert quatre classes pour quatre GPF (Groupement de Promotion Féminine) mis en place dans les quartiers de Touba-Kébé, de Mbassine, de Mbabou et de Médina. En outre la gestion concertée et l’harmonisation des interventions a été une réalité tangible avec la supervision de l’Inspecteur départemental de l’éducation de l’époque Yoro Sow qui a su réussir le passage de témoin entre l’ONG Vision Mondiale et ADEF/Afrique. En effet c’était le début de l’engagement de cette association dans le cadre de la mise en place d’un modèle alternatif dans la zone de Kébémer. Ce programme dénommée à l’époque PAVE (Programme Africain des Volontaires de l’Education) a d’ailleurs finalement donné naissance au PVE (Projet des Volontaires de l’Education).

Table des matières

REMERCIEMENTS
AVANT-PROPOS
LISTE DES SIGLES, ABREVIATIONS ET ACRONYMES
LISTE DES TABLEAUX
LISTE DES FIGURES
LISTE DES PHOTOS
LISTE DES CARTES
SOMMAIRE
INTRODUCTION
PROBLEMATIQUE
ANALYSE CONCEPTUELLE
REVUE DOCUMENTAIRE
CADRE THEORIQUE ET OPERATOIRE
PREMIERE PARTIE : LE CONTEXTE DE L’ETUDE DE LA CARTE SCOLAIRE DE LA COMMUNE DE KEBEMER
Chapitre I: Historique de l’implantation de la ville de Kébémer
Chapitre II : les programmes de réforme et de pilotage du système éducatif sénégalais
Chapitre III : Historique de l’implantation des établissements scolaires dans la commune
Chapitre IV : Le réseau routier et l’organisation du transport urbain à Kébémer
DEUXIEME PARTIE : LES CARECTERISTIQUES DE LA CARTE SCOLAIRE DE LA COMMUNE DE KEBEMER
Chapitre I: La présentation de la carte scolaire de la commune
Chapitre II : Le patrimoine scolaire de la commune de KEBEMER
Chapitre III : Les effectifs scolaires dans les salles de classe
Chapitre IV Les conditions d’encadrement dans les écoles
Chapitre V : La répartition spatiale des établissements scolaires de la commune
Chapitre VI : les aires de polarisation et de recrutement des établissements scolaires
Chapitre VII Les mobilités et les trajets scolaires
Chapitre VIII : Les problèmes de la carte scolaire à Kébémer
TROISIEME PARTIE : LA CARTE SCOLAIRE ET LES ACTEURS DE DEVELOPPEMENT
Chapitre I : Le rôle, les réalisations de la collectivité locale et l’appui des autorités administratives et scolaires
Chapitre II ; L’appui et les réalisations des partenaires au développement
Conclusion générale
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
TABLE DES MATIERES
ANNEXE

 

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