LES SAVOIRS DU CORPS

LES SAVOIRS DU CORPS

L’éducation physique traverse une crise d’identité. Elle est déchirée entre différentes conceptions, éparpillée en techniques variées, envahie par la pratique sportive, voire confondue avec elle, et il paraît plus difficile que jamais de savoir quelles sont ses finalités. Bref, elle est à la recherche de sa spécificité. Est-il même possible d’attribuer des finalités à une discipline dont la place est contestée dans le système scolaire ? Ce sera notre préoccupation essentielle au cours de cette étude. D’aucuns pourront s’étonner de ce pessimisme, l’éducation physique n’est-elle pas une discipline dont la pratique est obligatoire à l’École ? Cette obligation n’est-elle pas antérieure à l’obligation scolaire elle-même. Et cette ancienneté ne prouve-t-elle pas qu’on avait une vision claire de ses objectifs ? En fait, elle contribue au contraire à brouiller les idées. Interviennent ici trois séries de facteurs 1 – des facteurs institutionnels les tribulations de l’éducation physique, de ministère en ministère, montrent l’ambiguïté de sa situation. Elle est en effet dans l’École et en dehors d’elle, marginale selon la formule pittoresque de J. Dumazedier, « elle n’y est pas installée, elle y campe « . Elle est dans l’École, puisqu’elle y a toujours été dispensée par un personnel spécialisé.

Elle est en dehors, puisque son ministère de tutelle a été tantôt celui de la Guerre, tantôt celui de l’Éducation, tantôt celui de la Jeunesse et des Sports, ou de la Qualité de la Vie (J. Thibault). Cette instabilité s’explique évidemment par la diversité des objectifs qui lui ont été assignés: préparation militaire, initiation aux sports de compétition, préparation aux activités de loisir, équilibration et compensation par rapport au travail intellectuel, développement et perfectionnement de la personne, socialisation et accès à l’autonomie et à la responsabilité, maîtrise et connaissance de soi, etc. La détermination des finalités de l’éducation physique varie de la simplicité à la plus grande confusion. (Ullman). 2 – des facteurs pédagogiques: les transformations du contexte social, politique et scientifique ont naturellement influé sur les conceptions de l’éducation physique Ainsi, à la fin du 19° siècle et au début du 20eme siècle, des « méthodes  » diverses d’éducation physique et de gymnastique ont-elles revendiqué, chacune pour soi, un certain monopole de la formation corporelle (J. Ullman). Et si, aucune n’a pu s’imposer, il faut reconnaître que, toutes ensemble, elles ont contribué à l’édification de ce qu’il est convenu d’appeler la « méthode française « . Celle-ci, marquée par la maladie de l’éclectisme, la transmettra, comme une tare héréditaire, à ses descendants directs que sont les textes officiels. La logique voudrait, comme le souligne J. Ullman, que « La méthode d’éducation physique soit conçue comme l’ensemble, aussi systématisé que possible, des moyens qui permettent la réalisation d’une fin « .

Mais la tradition française a toujours été de vouloir concilier des méthodes inconciliables (G. Favre). Quant à l’introduction massive du sport dans l’éducation physique, si elle a pu faire croire au pouvoir unificateur des conceptions qui s’en réclament, elle n’a réussi en fait qu’à précipiter l’éclatement de l’éducation physique. Pour reprendre la formule de P. Parlebas, nous avons affaire à une éducation physique en miettes. De cet éclatement, on peut discerner les causes: a) Le sport, considéré comme « un phénomène social aux dimensions planétaires » (A. Touffait), a pu paraître susceptible de fournir une méthode unique d’éducation. En fait, la sportivisation de l’éducation physique a suscité une réaction et cristallisé deux positions, pour et contre le sport. b) En outre, le développement du sport a entraîné un cloisonnement des secteurs de l’éducation physique secteur éducatif, celui de l’École, secteur du sport de performance, du sport de loisirs, de la rééducation. Quelle unité trouver aux finalités de l’éducation physique ? c).

Enfin la recherche de fondements scientifiques à l’éducation physique a opposé entre elles des conceptions trop tributaires des disciplines scientifiques hétérogènes, comme l’anatomie, la physiologie, la psychologie, la sociologie, Psychomotricité, psycho-cinétique, kinanthropologie, praxéologie, science de l’entraînement, ces termes désignent tout à la fois des techniques pédagogiques et une volonté de rendre à tout prix l’éducation physique scientifique « L’éducation physique sera scientifique ou ne sera pas » (P. Parlebas)Pour contribuer à brouiller les idées sur les finalités de l’éducation physique, on trouve, après les facteurs institutionnels et pédagogiques, des facteurs corporatifs, qui concernent la défense des intérêts des professeurs d’éducation physique, ainsi que celle de leur compétence. Quand elle affirme la spécificité de l’éducation physique, la profession place tacitement les finalités de cette dernière dans les perspectives générales de l’École, et donc les sépare des fins visées par les organismes extra-scolaires, comme les clubs, les institutions ou associations sportives publiques ou privées. C’est alors poser à nouveau le problème de la formation du professeur d’éducation physique, donc de sa compétence professionnelle.

A l’origine, c’était un généraliste et, à ce titre, il se proposait de développer dans l’enfant un certain nombre de qualités qui lui permettraient de s’insérer dans la vie sociale, tout en améliorant sa santé. La connaissance de l’enfant était aussi importante que celle de la « méthode » utilisée. Le contenu de la « leçon de gymnastique » ou du programme annuel était défini après une analyse scientifique, essentiellement anatomo-physiologique, qui ne retenait de l’action que ses aspects dynamique (le mouvement), énergétique (I’effort), utilitaire (la débrouillardise), esthétique (forme du mouvement et position). Puis, les activités physiques se socialisant en même temps que se développait la pratique du sport de performance et du sport de loisirs, une révision des contenus de l’éducation physique s’imposait. Devant la multiplication et l’influence de nouveaux savoir faire sportifs, le professeur généraliste se transforme en professeur polyvalent et devient un pourvoyeur de techniques, un « poly-technicien » du sport, dont la tâche prioritaire est de maîtriser la matière d’enseignement sous ses aspects biomécanique et bio-énergétique. Les buts de l’éducation physique sont oubliés au profit des procédures les plus efficaces pour faire acquérir des habiletés gestuelles. Le sport, plus qu’un moyen d’éducation, devient une fin et se confond avec l’objet technique de l’apprentissage.

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