QU’EST-CE QUE LA RELATIVE HUMAINES ?

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QU’EST CE QUE LE DESTIN ?

Equivoque à plus d’un titre, la notion de destin semble être celle sous jacente à toutes les interrogations qui, depuis toujours, sous-tendent le processus d’évolution de la pensée humaine. En effet, c’est essentiellement dans une perspective de légitimation et de rationalisation que naissent les questions de fond qui caractérisent le parcours de l’existence humaine :Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? Qu’y aura-t-il après cette vie ? Questions d’autant plus préoccupantes qu’elles prennent en charge la quête de sens toujours pressante dans le Cœur de l’homme car, des réponses fournies dépend l’orientation à donner à l’existence. C’est dire que, depuis la prise de conscience de soi de l’homme, cette question du destin détermine, et cela de façon explicite ou non, toute tentative d’appréhension du réel. Car, toutes les questions soulevées en philosophie, ne peuvent-elles pas être ramenées à une seule c’est à dire : qu’est-ce que l’homme ?
Cependant avec les diverses acceptions et ramifications de sens qu’elle offre, une question initiale s’impose. En effet, sur quoi repose l’équivocité qui la caractérise ?
Dans le Dictionnaire de la langue Philosophique, on constate que le mot destin dérive du mot latin destinare qui signifie assujettir, fixer et à l’origine duquel on trouve stare c’est-à-dire se tenir.
C’est selon cette perspective que dans le Dictionnaire de philosophie, le destin est défini comme « […] une puissance mystérieuse qui, s’imposant aux hommes, détermine l’ensemble des événements de l’univers d’une manière qui ne laisse place ni à l’action consciente et volontaire, ni même à la prévision ».
Dans le Vocabulaire Technique et Critique de la philosophie, une définition analogue est proposée. En effet, le destin y est défini comme quoi qu’il pût arriver, et quoi que les être doués d’intelligence et de volonté pussent faire en vue de les éviter ».
Le destin serait alors « une puissance » agissant à partir du dehors, transcendant toute volonté et tout entendement humain imposant par conséquent un chemin, une direction qu’il faudra inéluctablement suivre.
De là découle l’idée d’une pré- destination irrévocable de l’homme. Ainsi défini, le destin est alors de l’ordre de la nécessité ou, en d’autres termes, de l’ordre de ce qui ne peut pas ne pas être. Toutefois, dans le Dictionnaire de la langue philosophique, une autre conception vient nuancer le terme. En plus de la définition communément admise, le destin y est décrit comme « le cours de l’existence qui doit se réaliser, mais sans idée de prédétermination ». C’est ainsi que H. Niel nous semble avoir raison d’affirmer que : « l’idée de destin ajoute à celle de nécessité un début de compréhension et d’appropriation […] le destin ne se surajoute pas de l’extérieur au déterminisme des causes naturelles. Il représente plutôt leur organisation, leur unité. Cette unité est celle d’un dessein, d’une fin poursuivie 8.
Il en résulte que l’homme est soumis à une double exigence. Il est certes soumis à la nécessité que constitue le déterminisme des causes naturelles. Mais cette nécessité doit tout simplement être appréhendée comme un moyen et non comme une fin car, c’est en la saisissant qu’il pourra transcender le simple donné et se poser comme créateur des valeurs. Ainsi-peut on affirmer à la suite de Pascal que l’homme est un « roseau pensant ». Il est grandeur et misère. Du point de vue de l’étendu, il est inscrit dans un ordre qui le surplombe et aux exigences duquel il doit obligatoirement se plier. Cependant, dans la mesure où il est aussi esprit, il a la capacité de se transcender et de transcender le monde afin de lui imprimer une direction qui est sienne.
Il est visible, par cette analyse, que ce terme est équivoque, polémique et tendancieux. Dans l’emploi qui en est fait au point de vue normatif, on peut dégager deux grandes directions : D’une part, le destin est une puissance plus ou moins personnifiée qui est censée gouverner les évènements et l’existence de l’homme et, d’autre part, l’homme, grâce à son libre arbitre, doit transcender tout déterminisme afin de pouvoir s’approprier son destin.
Ainsi, on se trouve en face de deux conceptions : Une conception optimiste et une conception pessimiste.
Cependant, ces conceptions sont aux antipodes l’une de l’autre. Et si elles offrent au point de vue théorique un âpre champ de bataille, c’est parce que l’enjeu, situé ailleurs, se révèle être double. Non seulement elles déterminent l’orientation à donner à l’existence humaine, mais aussi et surtout elles ont chacune comme soubassement la grande question de la liberté de l’homme. Dès lors, à cause des enjeux corrélatifs à cette notion de destin, force est pour approfondir notre analyse, de nous poser les questions suivantes : Qu’est ce qui fonde la valeur théorique de ces deux conceptions ? L’optimisme qui a comme maître mot la nécessité, n’est-il pas une négation pure et simple de la réalité humaine ? Le pessimisme serait-il la voie du salut ?

L’OPTIMISME FACE AU DESTIN

« Il est démontré que les choses ne peuvent être autrement : Car tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin. […]. Par conséquent, ceux qui ont avancé que tout est bien, ont dit une sottise : Il fallait dire que tout est mieux. 9». Tels furent les enseignements de Pangloss au palais de Thender-ten-tronckh, lesquels enseignements stigmatisent toute la conception optimiste.
Mais au-delà du personnage de Pangloss, ceux-ci traduisent une conception de l’univers largement partagée par une certaine tradition philosophique.
En effet, d’une manière générale, l’optimisme est défini comme « une doctrine selon laquelle tout ce qui est, est bon ; le mal n’étant alors qu’une apparence et une vue relative […]. Elle consiste également à se détourner de la réalité […] pour se dispenser de la combattre ou de l’expliquer philosophiquement 10 ».
Ainsi, par optimisme, il faut entendre une attitude de pensée comportant deux affirmations essentielles : il existe une nature humaine, et l’humain se caractérise par la vie de l’esprit. Qu’est-ce à dire ?
Cela signifie essentiellement que la définition de l’homme ne dépend pas des accidents de l’existence individuelle ou collective. Elle dépend plutôt d’un type humain préfiguré et sa réalisation est appelée par une finalité de la nature. Il y a, dominant la réalité des individus, un idéal de l’espèce, et l’homme est, en ce sens, transcendant à l’histoire.
Or la transcendance de l’humain est celle d’un être qui participe à l’esprit, lequel esprit regarde vers l’amour, la justice, la vérité. L’homme est d’autant plus humain que, plus spirituel, il est le sage. Il se construit selon un archétype idéal. Ainsi, l’optimisme consiste essentiellement à reconnaître à l’homme une place définie dans l’univers, et à l’esprit une fonction privilégiée dans l’homme. Grâce à son esprit, l’homme doit prendre conscience de soi et de sa place dans l’univers, et ensuite conformer toutes ses actions au plan suprême qui le régit.
Mais dans son effectuation concrète, l’optimisme peut se manifester différemment selon qu’elle prend appui sur une idée religieuse ou n’accepte au contraire qu’une base positive, établissant la personne humaine comme valeur première.
Par conséquent, l’optimisme implique une croyance à un absolu qui domine les contingences de l’histoire et qui donne un sens à la vie et, comporte en même temps, un certain accent d’idéalisme, puisqu’il consacre le destin de l’homme à la réalisation d’une idée préconçue de l’homme. Dés lors, le désespoir semble être inconcevable. Toujours l’optimiste trouve quelque base pour se recevoir, quelque subtilité pour se réconcilier avec son destin. En effet, le destin est compris dans ce cadre précis comme relevant de la transcendance et, par conséquent, détermine toute histoire individuelle ou collective. Nul acte ne peut dès lors être considéré comme du hasard. Ceci parce que, au sens étymologique, le hasard vient du mot arabe az-zahr signifiant le jeu de dès. A cet effet, seule la nécessité existe. L’homme est inscrit dans un ordre préexistant. Par conséquent, tout s’explique et se justifie. Sa vie n’aura de sens que s’il se conforme scrupuleusement à ce destin qui le surplombe.
C’est d’ailleurs tout le contenu du verset XXX de la sourate XXX dans lequel il est dit : « dirige tout ton être vers la religion exclusivement [ pour Allah], telle est la nature qu’Allah a originellement donnée aux hommes pas de changement à la création d’Allah. Voilà la religion de droiture ». Cependant, si valable et fécond qu’il soit à son origine, l’attitude optimiste présente toujours deux dangers : elle nie à l’homme toute liberté et, par conséquent le confine dans les sphères de la résignation. En effet, quelles issues peut-il y avoir si « c’est Allah qui commence la création, ensuite il la refait, puis, vers lui [l’homme] sera ramené» ? 11
N’est ce pas une déshumanisation pure et simple de l’homme ? Comment concilier série causale et providence ? Bien évidemment, de pareilles interrogations ne peuvent manquer, et ceci d’autant plus qu’elles court – circuitent l’évolution de la pensée optimiste.
En effet, de la tragédie grecque jusqu’au XVIIé siècle, en passant par les stoïciens et les religions monothéistes la question se nuance certes selon les cosmogonies qui la sous-tendent, mais garde tout de même le même substrat commun. Dans la tragédie grecque, les réflexions sur les rapports entre l’homme et la nature abondent dans ce sens. Ainsi Ulysse dans l’Ajax : «je vois bien que nous ne sommes, nous tous qui vivons ici, rien de plus que des fantômes ou que des ombres légères » et Athéna de répondre : «un jour suffit pour faire monter ou descendre toutes les infortunes humaines» 12 .
L’homme apparaît en ce sens totalement impuissant. Il n’a de réalité que par rapport à une certaine hiérarchie constitutive de l’univers. Son existence est régie par un rapport non pas horizontal mais plutôt vertical vis à vis du plan suprême qui le régit. Il ne perçoit le sens de son existence que s’il accepte de jeter un regard de bas en haut afin de saisir le déterminisme auquel il est soumis.
Par conséquent, s’oppose le temps instable des humains et le temps souverain des dieux, celui qui met chacun à la place qu’il doit occuper dans le plan divin. Plan humain et plan divin suivent alors un ordre inverse. Lorsque l’homme naît, tout est déjà accompli mais à l’insu de tout le monde. Ainsi, Oedipe a successivement interrogé l’oracle, quitté Corinthe dans l’espoir de ne pas être parricide et de ne pas non plus épouser sa mère. Mais, il ignorait par-là qu’il s’acheminait inéluctablement vers l’accomplissement des prédications de l’oracle. Il tue en cours de route un voyageur qui lui barrait la route, libère Thèbes de la sphinx, épouse la reine de la cité, occupe le trône royal sans voir dans cette succession autre chose qu’une succession.
L’enquête judiciaire à laquelle il procède devant l’énigme de la peste, le révèle à lui-même. Et comme l’atteste Pierre Vidal-Naquet : « l’énigme posée par la sphinx a une réponse qui était « l’homme ». L’énigme posée par Oedipe a une réponse qui est lui -même 13 ».
On comprend dès lors que c’est toujours à travers un regard rétrospectif que se révèle la puissance transcendante régulant tout choix et toute volonté. Oedipe, découvrant la vérité, se crève les yeux. La vie de l’homme serait alors régit de part en part par les décrets de la providence. Il naît et évolue malgré lui à l’intérieur d’un système clos et sans nulle issue, d’où, le choix semble être un vocable dépourvu de valeur théorique. Au moment où l’on croit-en amont choisir librement, on découvre en aval qu’on était juste l’instrument du destin et que le pseudo choix était jadis inscrit dans l’ordre de la nécessité. La prise de conscience du système coïncide avec la découverte de l’incapacité qu’a l’homme face à toute situation. Il se trouve complètement démuni et désemparé. C’est dans cette perspective que Créon s’écrie : « […] Malheureux, je plonge, hélas ! Au fond du plus malheureux des destins […] tout vacille entre mes mains, et sur mon front s’est abattu un sort trop lourd à porter » 14
La seule et unique alternative qu’a l’homme c’est d’accepter d’être incarcéré derrière les barreaux de la résignation. Le chœur l’atteste bien lorsque, consolant Electre, il chante : « Rassure-toi, rassure-toi, ma fille. Le grand Zeus est toujours au ciel d’où il voit tout et règle tout » 15. le principe moteur de l’univers serait alors dans ce cadre précis, la nécessité encore appelée « Ananké », régissant la vie des hommes. D’ailleurs le tragique est essentiellement marqué ici par l’impuissance des volontés humaines à l’égard du destin. Seule compte la providence.
Cette notion de providence est d’ailleurs l’idée maîtresse de la philosophie stoïcienne. Victor Goldschmidt le confirme bien quand il écrit à propos des stoïciens : « l’événement singulier nous est donné dans un présent étroitement limité. L’interprétation essaie de le rattacher à la série universelle des causes et, par-là, d’étendre et d’élargir ce présent mutilé. Mais c’est l’événement même, dans son individualité, qui doit être expliqué (destin) et justifié (providence). […] la cause unique doit se manifester en toutes choses […] de même la providence à l’égard des hommes 16 ».
Il revient à l’homme d’interpréter tout événement c’est-à-dire d’essayer de le comprendre et de saisir la cause par rapport à la cause efficiente c’est à dire Dieu. Il comprendra alors qu’absolument rien, ni être ni événement n’est sans cause et sans fin. Cependant, toutes choses sont présentes à Dieu qui en est, d’un bout à l’autre, l’auteur unique : « par lui l’enchaînement successif des causes est perçu comme une simultanéité et une harmonie. 17» Le destin apparaît alors comme « la raison, conformément à laquelle se déroulent le passé, le présent l’avenir.» 18
Ainsi le monde a été établi dès le départ par la providence des Dieux et sera toujours gouverné par elle. A cela s’adjoint une nature inébranlable et irrévocable de la providence car selon Sénèque, pour qu’elle ait un sens, la vie de l’homme doit se conformer à la nature, laquelle est l’unique agent véritable. C’est uniquement dans cette perspective qu’il faut comprendre le célèbre adage de Zénon : « vivre conformément à la nature ». Mais pour vivre conformément à la nature il faut au préalable connaître cette même nature. Toutefois, connaître la nature, c’est bien moins comprendre ce qu’il faut faire que ce qui se fait. Et selon la fameuse sentence de Diogène Laërce : « vivre selon la vertu équivaut à vivre conformément à l’expérience des choses qui arrivent naturellement ». Or, l’ordre de la nature n’équivaut en rien à l’ordre humain. Elle se conforme plutôt à ses lois propres. Le sens de l’existence resterait alors tributaire de la prise de conscience et du conformisme à l’ordre supérieur régissant le mouvement intrinsèque de la nature. L’individu ne peut alors avoir de valeur que sous l’angle du déterminisme. Il n’a de réalité que s’il accepte de dissoudre son être dans la providence. « Nos destins nous mènent, et la première heure de notre naissance a réglé tout le temps qui nous reste. Une cause dépend d’une cause ; un ordre de choses éternel détermine la vie privée et la vie publique. C’est pourquoi il faut tout supporter avec courage ; c’est que rien ne survient par hasard, comme nous le croyons ; tout vient à son heure, avant le temps a été décidé ce qui te réjouit ou te fait pleurer […] Pourquoi donc s’indigner ainsi ? 19 »
Passif, quiétiste, attentiste…, tels sont alors les qualificatifs distinctifs de l’homme. Impuissant, il doit tout simplement accepter le cours normal des choses. Mais quelle valeur octroyer à l’existence si elle n’est pas synonyme de prise de parti contre tout déterminisme ?
La conception stoïcienne est largement partagée par une certaine traduction des textes religieux monothéistes tels que le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. Selon cette traduction, l’homme serait conçu dans le coran comme un objet. Il a été conçu et fabriqué à des fins bien définies au préalable par son créateur, lequel possède d’ailleurs tout pouvoir sur lui. En effet : « Allah a crée d’eau tout animal. Il y en a qui marchent sur le ventre, d’autres marchent sur deux pattes, et d’autres sur quatre. Allah crée ce qu’il veut et Allah est omnipotent 20». Non seulement il est omnipotent mais aussi il est omniscient et omniprésent. Plus aucune issue alors pour l’homme, le prisonnier de la providence.
N’ayant aucune existence propre, il lui devient impossible de se poser en tant que sujet, car n’ayant qu’un seul et unique objectif : adorer. Ceci lui est d’autant plus obligatoire que : « [Allah] a la transcendance absolue dans les cieux et sur la terre 21». Par conséquent, l’homme doit diriger « tout [son] être vers la religion exclusivement [pour Allah] 22».

Table des matières

INTRODUCTION
1. PREMIERE PARTIE : ELUCIDATION CONCEPTUELLE
CHAPITRE I : QU’EST-CE QUE LE DESTIN ?
Section 1 : La conception optimiste du destin
Section 2 : Le pari pessimiste sur le destin
2. CHAPITRE II : SARTRE OU LA RUPTURE
Section 1 : Genèse de la pensée sartrienne
Section 2 : La révolution cosmologique : la contingence comme condition de tout engagement
2.1. DEUXIEME PARTIE : VERS UNE NOUVELLE ANTHROPOLOGIE
3. CHAPITRE I : QU’EST-CE QUE LA RELATIVE HUMAINES ?
Section 1 : La subjectivité comme principe de toute transcendance
Section 2 : L’homme créateur du sens
CHAPITRE II : CONSEQUENCES
Section 1 : Qu’est-ce que l’existence ?
Section 2 : Le destin comme projet et comme synthèse
TROISIEME PARTIE : EST-IL ENCORE POSSIBLE DE PENSER LE DESTIN ?
CHAPITRE 1 : L’homme en question
Section 1 : Perdition et déréliction ?
Section 2 : Conséquences
CHAPITRE II : Sartre ou le rédempteur
Section 1 : L’homme face à lui-même
Section 2 : Perspectives morales
CONCLUSION

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