De la grammaire traditionnelle à la syntaxe

De la grammaire traditionnelle à la syntaxe

Les points communs à la grammaire traditionnelle et à la syntaxe :

• La syntaxe est issue de la grammaire.
• La syntaxe utilise la même terminologie que la grammaire traditionnelle.
Ex : Le conditionnel : un mode ou un temps ?
Un temps pour 99% des linguistes.
Autres appellations : forme en –rais (qui reflète plus un mode), toncal futur (Damourette et Pichon).
Les différences entre la grammaire traditionnelle et la syntaxe :

• L’objet d’étude 

Au XVIIème siècle, le français commence à avoir une norme. Avant, en France, plusieurs langues étaient parlées dont le français (parlé par la cour royale, l’aristocratie, etc.). En 1647 apparaît l’Académie française. Il y a alors émergence de la notion de « bon usage » ou de « bel usage », c’est-à-dire un usage de la langue telle qu’elle est pratiquée par la cour, les écrivains. Le français donne donc les exemples de la grammaire. En linguistique, l’étude de toutes les sortes d français que ce soit géographique (France, Belgique, Afrique, Québec, …) ou sociologique, avec par exemple l’étude du français populaire, est effectuée.

• Les objectifs
La grammaire est normative (elle défend une norme) et prescriptive. Elle vise à apprendre la bonne manière de parler, d’écrire. La syntaxe et descriptive, elle rend compte de la façon qu’ont les gens de parler ou d’écrire. Une langue maternelle n’est pas une langue apprise mais acquise donc il y a des règles naturelles qui existent et ce sont elles qui sont observées par les linguistes.

• Les méthodes
En linguistique, toute hypothèse avancée doit être vérifiable, toute définition doit être falsifiable donc pour cela, tous les termes doivent être définis, précis, explicites.
Ex : « Tous les noms français qui se terminent en –eur sont masculins » est une définition falsifiable.
Contre-exemple : pudeur, pâleur, peur, chaleur, fleur, lueur, …
Règle : Les noms en –eur sont féminins s’ils sont construits sur une base adjectivale, et la plupart des noms en –eur sont masculins s’ils sont construits sur une base verbale (sauf des noms comme ingénieur, instituteur, directeur, … qui viennent du latin ou de l’italien) Une hypothèse falsifiable doit donc être claire et explicite.

Norme et corpus

Corpus : ensemble d’énoncés effectivement produits par des locuteurs natifs. En linguistique, la première phase de travail consiste à recueillir des données afin de construire un corpus. Tous les linguistes travaillent sur des données réelles grâce aux corpus, pour arrêter les préjugés sur la langue.

Corpus et possible de langue

Deux phases de travail pour constituer un possible de langue :
 Une phase descriptive
 Une phase explicative
Ex :
 L’été prochain je partirai en Chine Énoncé correct
 L’été prochain je pars en Chine Énoncé correct
 L’été prochain je partirai peut-être en Chine Énoncé correct
 L’été prochain je pars peut-être en Chine Énoncé incorrect Un possible de langue est constitué du corpus qui est nécessaire mais insuffisant ; il doit donc être complété par une phase explicative comportant une manipulation des données. Un corpus n’est jamais totalement représentatif d’une langue. En effet, la représentativité est idéale, elle n’existe pas.

Un composant syntaxique.

L’objet de la syntaxe.

Phonétique Sémantique
Phonologie Pragmatique
Soient deux personnes A et B, A parle.
B traduit les sons émis par A en sens : il fait de la sémantique
Pragmatique : ajustement du sens au contexte (c’est le sens mis dans le contexte). Ex : A et B se promènent en forêt, B a un parapluie, soudain A dit « il pleut », B doit comprendre : comme j’ai un parapluie et qu’il pleut A me fait remarquer qu’il serait bien que j’ouvre mon parapluie.
Phonème : plus petite unité distinctive non porteuse de sens. La syntaxe se présente comme le composant de la théorie linguistique qui s’occupe d’étudier les règles de combinaison des unités linguistiques (morphèmes et mots).
Phonèmes  Morphèmes  Mots
La syntaxe écrit et explique la façon dont les mots et morphèmes se combinent pour faire des phrases.
Morphème : plus petite unité distinctive porteuse de sens.
Ex : anticonstitutionnelles
« Anti », « constitution », « el », « e », « s » sont des morphèmes. En effet, par exemple, « anti » signifie contre, « el » est la marque de propriété à « constitution », « e » est la marque du singulier, « s » est la marque du pluriel…

 Le domaine de la syntaxe : la phrase.

 Phrase versus énoncé.
Énoncé :
 Acte/événement de paroles, concret et individuel, résultat d’un acte d’énonciation.
 Fragment de discours produit par un locuteur.
 Ce qui se produit à chaque fois que quelqu’un parle.
L’énoncé n’est pas quantifiable et il n’est pas forcément organisé (pas de schéma global)
Phrase : notion théorique abstraite construite par les linguistes.
La phrase est quantifiable et elle est organisée (comportant un schéma global)
Langue : système de signes
Parole : actualisation de la langue par un locuteur dans une situation donnée.
L’énoncé est à la phrase ce que la parole est à la langue, c’est-à-dire une mise en pratique, une actualisation.

Ex : Je viendrai demain.
« Je » et « demain » sont des élément déictiques, c’est-à-dire que pour « je » on a besoin de savoir qui parle et pour « demain », la situation d’énonciation est nécessaire
CCL. : On a ci-dessus un énoncé qui correspond à une occurrence de phrase car « je » ne renvoie pas à chaque fois à la même personne, de même que « demain » ne renvoie pas forcément au même jour. Donc même si l’énoncé est à chaque fois différent, la phrase est toujours la même quelque soit la personne qui parle, le contexte, l’intention. En syntaxe on travaille avec des phrases alors qu’en sémantique et en pragmatique, on travaille avec des énoncés. La notion de phrase est beaucoup plus abstraite que la notion d’énoncé.

Définition formelle

Exemples de définitions 
 « Une phrase commence par une majuscule et se termine par un point. » Cette définition n’est pas valable à l’oral et n’est pas naturelle à l’écrit.
 « La phrase est comprise entre deux pauses et a une intonation particulière. » Ce n’est pas opérationnel, en effet on peut se demander ce qu’est une pause, à partir de quelle durée on a une pause valable.
 « Correspondance entre phrase et unité de pensée. » Pas opérationnel : qu’est-ce qu’une unité de pensée ?
Définition de Jean DUBOIS, Grammaire structurale du français, Larousse 1959 :
« La phrase minimale est constituée de deux constituants ; l’un est un syntagme nominal appelé sujet et l’autre un syntagme verbal qui se voit accordé le statut de prédicat : P  SN SV »
Cette définition ne fait aucune allusion aux sens. Elle est clairement émise et tous les termes sont définissables donc elle est falsifiable. En logique, quand on parle on produit des propositions composées d’un thème (ce dont on parle) et d’un prédicat (ce qu’on dit à propos du thème).La notion de phrase est une notion fabriquée. La syntaxe ne voit rien au-delà de la phrase, elle travaille sur la phrase et ce qu’il y a à l’intérieur mais pas à l’extérieur.

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